Musée Chagall, Nice
Jusqu'au 23 mai 2026
Une œuvre forte se prête à toutes les interprétations et ne cesse de se transformer au gré des matières qui la façonnent. Celles-ci vibrent aujourd’hui dans la résonance du textile et des costumes quand ce sont de jeunes étudiantes qui s'affrontent à l’œuvre de Chagall. Celles-ci, issues du Diplôme National des métiers d'art et Design-Costume de scène du Lycée Les Coteaux de Cannes nous rappellent, par leurs créations, combien Chagall n'a cessé de franchir les frontières entre les arts. Peintre, graveur, céramiste, créateur de vitraux, il collabora aussi au théâtre, au ballet et à l'opéra.
Consacré aux gravures des Âmes mortes de Gogol et aux couleurs du Message biblique, le premier volet de cette exposition se développe sur un saisissant contraste entre ces deux univers de Chagall. Pour interpréter l’œuvre de Gogol, le noir et blanc domine dans une mise en scène où costumes et fresques dessinées se répondent. Le vêtement ne se contente plus d'habiller les personnages, il leur confère une présence, une histoire, une manière d'occuper l'espace. Entre Gogol et la Bible, entre la satire terrestre et la vision spirituelle, les étudiantes dessinent un territoire où se rencontrent l'humain et le merveilleux. C'est donc dans un autre espace, dans la couleur de la dimension biblique, dans un envol céleste que la couleur se déploie. La nuit s'ouvre à la profondeur du bleu. Le vert des feuillages, le jaune solaire des visages s'accordent au rouge incandescent des passions. Et le tableau semble s'extraire de la toile pour irriguer le costume. Désormais les étoffes imprimées ou brodées absorbent la lumière. Et le toile subit une métamorphose quand elle quitte le mur pour esquisser un corps.
Le costume n'est plus alors un objet autonome mais l'élément d'un décor dans la prémonition d'une mise en scène, d'un spectacle. Il s'offre dans l'attente d'une voix, d'une musique ou d'une danse. Et dans ce prélude silencieux, il déplie ses soies ou ses velours, se déploie dans des transparences ou des orbes ténébreuses quand la robe se transforme en fleur qui éclot ou se fane. C'est alors toute la magie de l'univers de Chagall qui résonne au sein du Musée. Des masques ponctués de fils et de perles s'accordent au textile pour se fondre dans la lumière de sa peinture et de ses vitraux hantés par la nuit, l'appel de la lune et l'apothéose du soleil. C'est tout cela qui jaillit dans ces mousselines et ces voiles comme dans l'attente d'un corps. Et c'est alors une autre vision de l’œuvre de Chagall qui s'amorce... Celle d'une renaissance perpétuelle et de la promesse de l'art pour la célébrer.
célébrer.


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