Galerie Parvillé, Nice
Jusqu'au 14 novembre 2026
Des mises en scène spectaculaires pour un regard critique sur la société contemporaine, c'est souvent ainsi qu'on reconnaît l’œuvre photographique de Gérard Rancinan. Pourtant, loin de ces vastes compositions théâtrales, l'image photographique peut aussi devenir un espace d’intimité, le lieu d'une méditation quand elle conserve le souvenir d'une chose qui se détruit et qu'elle donne une forme de permanence à l'éphémère. Toujours dans une relecture de l'histoire de l'art, Rancinan reprend pour cette exposition les codes de la Nature morte. C'est à dire cette «Vanité» qui irriguait la peinture flamande du XVIIe siècle, cette métaphore de l'inexorabilité de la disparition, puis le silence et l'oubli. Pourtant cette peinture, dont la traduction fidèle est «vie immobile» fut considérée comme la plus inférieure dans l'échelle des genres quand au contraire on célébra la grandeur de la peinture d'histoire. Voici donc deux conceptions opposées du temps. D'une part la vie semblable à une lumière qui s'éteint, de l'autre la mémoire qui perdure à travers les siècles. C'est peut-être alors cette histoire du temps qui s'écrit en creux dans l’œuvre de Rancinan.
La photographie, dans son essence même, écrivait Roland Barthes, est liée au deuil, au passage du temps et à la mort. Rancinan fut autrefois photographe de presse et il sait les voisinages de la gloire et de la tombe. Ici il capte la splendeur du monde qui se diffuse dans les bouquets de fleurs et les corbeilles de fruits mais, à l'instar des maîtres anciens, il les pare de mouches, de vers et de moisissures. Memento mori. Et, surtout, il introduit dans cette représentation du passé des signes contemporains. Le sourire grimaçant d'un Mickey, la page d'un journal quotidien ou une bouteille de Coca Cola comme autant d'indices de la misère de la consommation pour échapper au vertige du temps. Ne subsiste que la beauté du monde. Celle que Rancinan célèbre en magnifiant les bouquets de fleurs aux pétales flétris, aux tiges affaissées et aux couleurs altérées qui se confondent à l'image du temps qui passe. Et il les recouvre d'un voile de plastique comme un suaire qui enroberait le corps dans l'éternité d'une mémoire. L'art de Rancinan, c'est toujours celui de la grandeur. Il s'exprime sur une vaste fresque où la tragédie s’inonde de lumière quand la beauté elle-même se teinte d'inquiétude. L'image est toujours saisissante dans son clair obscur, par son silence nocturne hanté par le feu et les cris.
Et les fleurs dans la beauté des immortelles.

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