samedi 20 mai 2017

Eve Pietruschi, "Panoptique III"

Villa Henry, Nice



« Le ciel étoilé est le plus lent des mobiles naturels. »
L'Air et les Songes — Essai sur l'imagination du mouvement (1943),
Gaston Bachelard



La Villa Henry accueille le lancement de l’édition Panoptique III, 2017 d’Eve Pietruschi. A cette occasion, Isabelle Pellegrini propose une mise en regard, un dialogue spatial et intime avec l’édition de l’artiste, les œuvres présentées dans Panoptique III se déployant aux murs et au sol dans l’espace d’exposition.

Délicates réappropriations de territoires, subtils fragments de mémoires, Eve Pietruschi crée un univers où la confrontation au réel se nourrit de perceptions infimes, d’interstices sublimés et de silences.

L’exposition ouvre une porte vers le paysage mental de l’artiste et nous propose d’arpenter les pages de son Panoptique III, d’emprunter un chemin réflexif, presque philosophique, à travers ses œuvres.

Le salon de la Villa Henry devient ainsi le lieu de l’incarnation d’un fantasme, celui de traverser la page pour rejoindre l’artiste dans son voyage.
Par le truchement du changement d’échelle, la poétique de l’espace qu’Eve Pietruschi nous invite à parcourir dans cette édition, s’incarne dans cet espace devenu doublement intérieur.

ip - Circa, mai 2017





Panoptique est un livret de 28 pages, à l’image d’un carnet. Le projet a commencé en 2013, il parait tous les deux ans et comprend photographies d’œuvres, notes de l’artiste, texte d’auteur(e), références, maquettes et vues 3D.

Panoptique III, 2017, d’Eve Pietruschi a été réalisé avec la collaboration de
Marie Cantos, écrivain, critique d'art et commissaire d'exposition, pour le texte

et Julien Eveille, architecte, pour le graphisme et les mises en espace.

vendredi 12 mai 2017

Alexandra Allard, "Incipit"

Parc Phoenix, Nice



                Peut-on penser le réel en dehors des conditions subjectives par lesquelles on y accède ? Cette question fut le lieu d'un débat philosophique dans ce courant qu'on nomma « réalisme spéculatif » et qui fut porté par deux tendances largement contradictoires . Celle de Badiou s'orientait vers une ontologie liée à la logique et à la phénoménologie . Bruno Latour, quant à lui, proposait une écologie politique puisque l'anthropocène serait cette ère d'une catastrophe désormais irrémédiable. Il réfutait tout ethnocentriste, toute universalité,  et n'était guère en cela éloigné de la « Dark ecology » de Timothy Morton.

Autant de questions qui ont imprégné l'art contemporain. Soit en engageant l'artiste sur un champ expérimental quand il devient celui qui anticipe la pensée, soit lorsque l'artiste utilise l'image pour nous alerter sur l'état du monde. Alexandra Allard s'attache à une  image qui est celle d'une disparition en cours : l'oiseau. Ainsi la figuration devient-elle le corollaire d'une défiguration . Elle dévoile cette invisibilité d'un futur.

Cet oiseau, elle le dessine comme elle en  peint son mouvement mais sans négliger aucune autre forme d'expression. Elle construit une tour de nichoirs conçus à partir de boites de pansements ; elle photographie, elle recouvre des cartes géographiques de ces oiseaux, là où ils sont condamnés à disparaître. Le propos est grave et lumineux mais aucun pathos ne l'altère. Sa force n'en est que plus intense quand l'oiseau est l’icône d'une nature détruite et d'une vie irréparable. Ou bien d'une autre pensée, d'une vie que nous ne soupçonnons pas et c'est alors l'oiseau qui dépeint ici ce que nous sommes: une espèce menacée.