mercredi 23 août 2017

Anne Gérard, L'été contemporain dracénois.

                    Pôle culturel Chabran, Draguignan




                           Dans le cadre de l’Été contemporain de Draguignan, Anne Gérard expose ses dessins colorés sur papier. Mais déjà ces derniers mots se révèlent-ils maladroits quand il faudrait plutôt dire « colorisés » comme pour un ancien film en noir et blanc,. Et "peinture" plutôt que dessin. Et s'interroger sur la validité du support:  mais l'artiste joue de ces incertitudes comme si, de ce trouble, une forme de récit advenait.

                             Or, dans ce récit incertain, deux séries se télescopent tant leurs références divergent. D'une part, des cadrages austères d'intérieurs bourgeois qui feraient penser à Vuillard et, de l'autre, un ensemble de grand formats autour du thème de la bouée. Mais à y regarder de plus près, les deux récits se contaminent mutuellement ; l'un corrige l'autre à moins qu'il ne suscite l'idée d'un autre espace, mental celui-là, appartenant aussi bien  à celui qui contemple, qui imagine, qui oscille d'un rivage à l'autre entre deux eaux pour une autre narration construite sur ce décalage entre ce que dit l'image et ce qu'elle suscite. Deux univers opposés donc pour nous convier à ne pas lire l’image telle qu'elle s'énonce mais plutôt à l'interpréter dans son rapport avec ces autres images qui l'interrogent et agissent sur elle par effet d'effacement et de recouvrement.

                             Les dessins d'intérieurs sont serrés, étouffants, vides de toute présence humaine. Les objets ne sont ici que des traces échouées, des tableaux asséchés, vidés de leur sang et de leur fièvre. Le dessin joue toujours la perfection mais on le devine tremblé, poncé, érodé, et les quelques jus de couleur révèlent des zones d'ombre plutôt qu'ils n'illuminent le décor. Anne Gérard dessine ce trouble à la perfection comme elle sait peindre cet au-delà de la peinture de genre quand celle-ci n'agit plus qu'en tant que mémoire et symptôme d'un art disparu et pourtant obsédant. Et dans ce cadre tellement convenu que nous ne savons plus vraiment le voir, d’étranges indices en menacent l' équilibre ; l'encre est mauvaise, la couleur saturée et malade.

                         L'image de la bouée dans un espace plus ouvert, dans son extériorité libératrice, parviendra-t-elle à nous sauver de ce monde-là ? Les œuvres, vastes et fluides, enfin respirent, s'écoulent jusqu'au sol. Le dessin maintient cette perfection dans la saisie du réel mais celui-ci est pourtant contrarié par des points de vue déroutants qui sèment le doute sur l 'identité de l'objet. Tour à tour forme et métaphore, la bouée devient un indice flottant, une indécision qui, là encore, malmène l'image vouée à s'échouer sur des rivages exsangues.



                              Anne Gérard sait disséminer des traces, cacher les indices, contrarier les objets de telle sorte que jamais l'image ne saurait être le miroir du monde. Au contraire, celle-ci est-elle le témoignage de son négatif. Elle est une ombre portée par un rythme qui, ça et là, étincelle ou bien encore, par cette ligne de flottaison, ce flottement du sens qui s'en empare. Il y a ici toute la poésie d'une Odyssée avec ses antres ténébreux, les flux de la mer, les naufrages et tous ces débris du désir qu'il faut imaginer comme des mots que la peinture parviendrait à révéler.

Michel Gathier

Du 29 juillet au 16 septembre 2017




dimanche 20 août 2017

Affiches Festival de jazz de Nice, Palais Lascaris, Nice

                                 


                             On ne s'attend sans doute pas à ressentir les vibrations d'une atmosphère jazzy lorsque nous pénétrons dans la traditionnelle architecture de l'honorable Palais Lascaris.... Et, quand on aurait pu croire que celui-ci resssemblât à une belle endormie, le voici qui pourtant distille ses notes de musique dans un rythme endiablé à travers l' exposition d'une trentaine d'artistes à l'occasion du Festival de jazz de Nice.
                              Les affiches originales disposées ici nous offrent un aperçu de la variété de la création pour un même thème. Chaque artiste interprète à sa façon cet hymne à la liberté et à une vie trépidante que le jazz inspire. Chacun joue ici sa propre partition à partir de ses couleurs, de ses formes, de sa sensibilité et cet ensemble d’œuvres parvient à « orchestrer » dans ce lieu silencieux cette sorte de joie énergique qui éclate par une multitude de visions qui tout à la fois se contredisent et s'accordent. Ainsi l'humour de Ben se trouve-t-il confronté à la pureté lumineuse des travaux de Cédric Teisseire ou de Martin Caminiti, l'humanisme de Richard Roux à l'univers fabuleux de Patrick Moya... Et encore faudrait-il citer nombre d'artistes qui s'imposent par leur personnalité tels que Gilbert Pedinielli, "Panthéon: Aux artistes, la cité reconnaissante"qui parvient à moduler austérité et humour et tous les autres qui apportent leurs notes chaleureuses à la lumière de l'été.

Palais Lascaris, du 17 juillet au 30 septembre 2017

vendredi 18 août 2017

Jean Antoine Hierro, "Always the sun"

Galerie 4-Auction, rue du Congrès, Nice




Par la multiplicité des approches que l'art suppose, il faut renoncer à toute définition de ce mot qui, au cours de l'histoire, n'a cessé de se modifier. Au mieux peut-on observer ces variations par des rapports au sens, à l'esthétique, à l’environnement, à l'autobiographie ou à toute autre concept si, dans sa liberté, l'artiste décide de son choix et parvient, dans son oeuvre, à le revendiquer. Avant de s'imposer dans une histoire de l'art, la création relève de l'arbitraire. La volonté de produire, l'acharnement à réaliser un projet à travers un véritable savoir- faire demeurent une clé essentielle pour la réalisation d'une œuvre.

Le travail de Hierro s'impose d'emblée par cette liberté créatrice qui ne s’embarrasse ni des références picturales, ni des modes, ni des traditions. Ici l'artiste se saisit de tout ce qui est mémoire, rythme, signe et couleur, pour capter le regard par le biais d'une composition symphonique que rien ne rebute : Si le monde est chaos, si les signes se télescopent, si le réel aveugle au point d'être illisible, autant décrire cette force jubilatoire, en ausculter les rythmes et les jeter sur la toile dans une véhémence maîtrisée. C'est dans cet équilibre précaire, qu'entre abstraction et figuration, une forme de récit affleure la peinture. L'homme et le monde, saisis au présent, balbutient, à moins qu'ils ne crient, cette fascination pour l'art, cet inconnu que l'artiste ne cesse d'explorer dans sa liberté souveraine.

Michel Gathier