Musée Fernand Léger, Biot
Jusqu'au 12 octobre 2026
Au lendemain de la première Guerre Mondiale, poètes, peintres, musiciens et chorégraphes élaborent un langage nouveau pour exprimer un monde bouleversé mais en quête d'espoir. C'est aussi le moment où l'art africain bouscule les codes esthétiques occidentaux, où le post-cubisme et la technique du collage imprègnent le paysage artistique et traduisent une aspiration à un art total. Fernand Léger rencontre alors le compositeur Darius Milhaud, le poète Blaise Cendrars etle chorégraphe Jean Börlin et, ensemble, ils imaginent un ballet loin des références classiques qui dominent alors la scène européenne.
En 1923, le spectacle «La création du monde» est interprété sur la scène parisienne par les ballets suédois mais peu de traces subsistent de la création originelle. Il a donc fallu reconstruire le déroulement de ce ballet à partir de documents et d’œuvres préparatoires de Léger pour les décors, le rideau de scène ou les costumes. Et ici tout fusionne dans une chorégraphie où se mêlent faune et flore, animalité et figures humaines qui se bousculent dans l'univers des objets et de l'imaginaire. Des divinités zoomorphes se confondent à des insectes géants tandis que la frontière entre les danseurs et le décor vacille... Dans une atmosphère nocturne, Léger réécrit le mythe de la Genèse d'abord en teintes sourdes puis, il se développe dans des formes géométriques, des silhouettes monumentales et des couleurs franches. Fasciné par les orchestres de Harlem, Milhaud compose une partition où le saxophone, les percussions et les rythmes syncopés rencontrent l’écriture symphonique et répondent aux préoccupations de Léger sur le rythme, le volume et la mécanique du corps moderne. Le jazz, les jaunes et les rouges vibrent de concert avec les lignes et les courbes.
Pour le peintre, le corps humain ne doit plus être le centre du spectacle, il devient un élément mobile, une pièce de rechange dans une immense machinerie visuelle. «Ce n'est plus une danse, c'est une machinerie plastique qui s'ébranle sous les projecteurs» écrivait la critique de l'époque. Confrontant les objets d'art, les dessins, gouaches et documents, l'exposition montre comment La création du Monde, un siècle plus tard, dans sa relation à d'autres cultures, avec son rythme saccadé, ses emprunts au burlesque, sa effets de distanciation, a préfiguré les principes de la performance et de la chorégraphie contemporaine. Elle révèle aussi le processus d'un artiste complet qui percevait le théâtre comme le terrain de jeu idéal pour sortir la peinture du stricte cadre de la toile.















