Galerie Eva Vautier, Nice
Jusqu’au 4 mai 2026
Clément Taupin
Gérald Panighi, Clémentine Taupin «A contre poil»
Galerie Eva Vautier, Nice
Jusqu’au 4 mai 2026
A contre-poil et on s’amuse de l’insolence de ce frottement avec le réel quand on observe comment deux générations d’artistes se croisent dans une même liberté pour se défaire des clichés. Pour Gérald Panighi, ce sont ces images d’idées reçues, constamment réécrites pour de nouveau s’effacer, qui traversent son œuvre. Ce sont tous ces fragments du quotidien qui foisonnent dans les médias, la culture populaire ou les mots qu’on laisse tomber et qui ne se ramassent pas. L’artiste les reprend tels quels dans l’essence même de leur décrépitude. Il gratte la surface des choses pour en extraire les lieux communs, comme pour mieux nous dérouter et en suggérer le négatif. Car il y a hiatus ente le mot et l’image et c’est alors la représentation du réel qui serait absurde sans son obscénité. Et par un humour sombre et avec dérision, l’artiste joue de la rencontre fortuite d’une image banale - elle-même souvent calquée d’une BD - avec le flash d’une parole en désaccord avec elle.
Nous voici alors entraînés comme des chiens errants dans un monde fatigué. Phrases mécaniques et mots jetés sur un papier sale dans une vieille casse de machine à écrire. Histoire abandonnée en route quand tout se cogne à l’absurde des jours pareils aux mêmes et sans couleur. Texte en porte-à-faux avec son contexte comme allégorie des passions tristes et l’image d’un chien qui renifle le goudron dans le désespoir des fleurs. Avec désinvolture, Gérald Panighi nous relate des bribes d’éclair dans un récit qu’il laisse en suspens et qu’il nous revient de poursuivre. Mettre des mots dans la poubelle de l’image… Ou l’inverse. Quand le quotidien se heurte à l’histoire de l’art que se passe-t-il? Gérald Panighi nous le dit à sa manière.
C’est aussi sur un hiatus que se construisent les peintures et dessins de Clémentine Taupin. L’artificiel et le naturel jouent de leur contrariété pour produire une œuvre aussi déroutante que fascinante. Le monde de l’agriculture, qui est celui de son enfance et de sa famille, se heurte aux clichés - aussi bien dans une vision réaliste qu’idéaliste. Les animaux domestiques, dans un cadrage serré, presque étouffant, surgissent dans des couleurs dissonantes. La peau se charge de celles de leurs prairies mélangée à un monde numérique. Le vert est lumineux au point de dissoudre la perception traditionnelle de la figure. Les angles de vue s’arrachent au réalisme pour des confrontations vis à vis de nos normes et de nos certitudes. Et d’ailleurs y a-t-il des artistes qui s’intéressent encore à l’agriculture? Dans sa transformation de la nature comme dans celle de notre regard, elle est le point aveugle de l’art d’aujourd’hui après avoir été tant magnifiée au XIXe siècle. Aussi Clémentine Taupin nous livre-t-elle ici une vision inédite du monde agricole. Elle peint et dessine ses mutations. Chaque image recèle donc un élément de surprise et nous engage à regarder autrement une vache dans un champ. Dans la Grèce antique, Héra était la déesse «aux yeux de vache». On peut se dire ici qu’elle nous regarde. Mais que dit-elle de nous?












