Le Suquet des Artistes, Cannes
Jusqu'au 14 juin 2026
Faut-il considérer l’œuvre à travers le regard ou bien par la pensée? Certes l'un se conjugue toujours à l'autre mais c'est pourtant dans ce cadre fluctuant qu'il faut envisager la peinture de Gilles Miquelis. Voici donc toute l’ambiguïté qui se dessine dans ce qui agit comme une scénographie de nature morte alors que l’artiste, obstinément, ne peint que des corps, dans leur solitude, leur abandon dans un espace vide ou au cœur d'un groupe familial anonyme et d'un autre temps. Mais dans ces «mondes flottants» règne l'incertitude et ce que nous voyons n'est peut-être que le cache d'une image qui nous serait interdite. Aussi nous appartient-il de dévoiler la figuration, d'écrire un récit là où l'image reste en suspens comme si la vie lui était interdite aussi longtemps que nous la laissions en jachère. Peinture du silence, l’œuvre ne s'ouvrira que pour ceux qui paradoxalement l'écoutent et découvrent que ces personnages nous ressemblent dangereusement, qu'ils sont ces choses fragiles, incertaines dans leur identité, instables dans le temps, drapés dans la seule vérité de leur solitude.
C'est comme par infraction que nous pénétrons dans l’œuvre de Gilles Miquelis. A peine, la scène est-elle ébauchée que déjà elle s'efface. Les êtres évoluent dans un cadre serré comme à l'intérieur de mauvaises photographies. Ou bien s'isolent-ils parmi d'autres personnages dans des intérieurs flous et des espaces clos. L'effacement des figures répond à l'étouffement que nous pressentons. Le tableau suggère cet enfermement dans lequel bouillonne la glace de la pensée, cet instant où tout se fige, cette flèche existentielle invisible que seul l'artiste parvient à traduire dans sa fugacité lorsque nous avons le sentiment d'être étrangers à nous-mêmes. Solitude, ennui, vulnérabilité, mélancolie, autant de mots pour traduire ce monde factice lorsqu'il ne nous apparaît plus que comme une image de laquelle nous sommes exclus. Or l'image reste pourtant le socle même de toute peinture.
Il faut alors regarder une œuvre de Gilles Miquelis comme un moment de méditation sur la peinture elle-même, un instant de pause quand le réel se fige. Quelle est sa relation à la réalité quand celle-ci ne cesse de se brouiller dans le temps et que sa fragilité se lit encore dans l'acte de peindre? Construire des figures, les effacer et recommencer, ainsi s’égrènent les heures et minutes de l'existence. Ainsi le peintre donne-t-il à voir ce balbutiement du temps en le restituant à travers des couleurs sourdes ou des rayons de lumière impossible. Alors le rideau se déchire et nous nous regardons dans la seule nudité de nos vies. Ici le ciel nous est interdit mais la peinture règne dans sa seule certitude.















