Musée d'Archéologie, Nice
Jusqu'au 5 septembre 2027
La mémoire toujours transforme le réel et c'est sur ce matériau que, depuis les années 60, se construit l’œuvre du couple d'artistes, Anne et Patrick Poirier. Mais les mémoires constituent aussi un récit dans lequel les fragments de souvenirs flottent comme des épaves et nous mènent sur les territoires incertains de la fiction. Aussi sommes-nous invités, en entrant dans le Musée et en arpentant les ruines alentour, à franchir un seuil invisible - celui qui sépare le présent et le temps enfoui. Précisément, là où nous devons procéder à des fouilles pour extraire du sens et de l'émotion parmi ces traces au cœur des ruines de l'Antiquité.
A l'instar des artistes, nous voici donc archéologues errant dans un territoire où les œuvres s'entremêlent, se cachent ou surgissent entre terre, verres brisés colonnades, citation latines et titres mystérieux: «Falaises de marbre», «Mundo perdido», «Cemenelum et traces fragiles»... Une œuvre qui résonne donc comme entre les lignes des labyrinthes de l'écrivain argentin Jorge Luis Borges. C'est à dire un univers dans lequel temps, espace et esprit humain se confondent. Ici, nos artistes voyageurs sèment des souvenirs de Palmyre, de Tikal ou d'ailleurs et nous en relevons les traces déformées qui nous conduisent vers nos propres rêves.
Mais il y a toujours une origine. Anne et Patrick Poirier sont nés tous deux en 1942 et les bombardements ont laissé sur eux leurs traces indélébiles. Les ruines en sont aussi les cicatrices. L’œuvre se déchiffre alors comme un palimpseste dans ses différentes strates, ses effacements d'écriture et ses déflagrations de sens. L’œuvre s'apparente à une architecture mentale qui reflète la fragilité du monde. Les artistes ont commencé leur carrière à Rome puis ils ont beaucoup voyagé à travers le monde. Sur ce petit territoire niçois, une colonne de bronze est sur le point de se disloquer. Toujours dans un même champ de métaphores, des maquettes blanches comme un désert de sel pour des cités antiques recomposées dans des déserts de solitude et d'oubli. Mais l'art est une aventure, Toujours se réinventer, explorer, arpenter de nouveaux territoires, expérimenter de nouveaux matériaux... Verre brisé, papier japon, marbre, bois doré... Chaque installation raconte son histoire, ses fêlures. Et chaque anecdote se charge de la puissance d'un mythe. Aussi dans le désordre des pierres et des colonnes effondrées, comprenons-nous que les ruines ne sont pas le tombeau du temps mais des lieux secrets où la mémoire continue à respirer.








