Musée des Beaux-Arts, Draguignan
Jusqu’au 31 octobre 2026
L’incandescence d’un paysage
L’écorce d’une terre écorchée s’accorde à une mer labourée par les vagues qu’y s’y heurtent pour faire éclore un paysage. De cette terre volcanique aux couleurs de feu, l’Estérel jaillit de la côte méditerranéenne jusqu’aux entrailles de la Provence. Comme d’autres, à Collioure, à l’Estaque ou sur certains sites de la Côte d’Azur, certains artistes à la fin du XIXe siècle ont profité des chemins de fer et de l’apparition du tourisme pour s’installer sur ce territoire longtemps considéré comme un repaire de brigands. Le découvrant en 1876 à partir de la mer, Maupassant écrivait: «Nous approchons de l’Esterel. La longue côte rouge tombe dans l’eau bleue qu’elle fait paraître violette. Elle est bizarre, hérissée, jolie, avec des pointes, des golfes innombrables, des rochers capricieux et coquets, mille fantaisies de montagnes admirées» Tout est dit. Il ne reste qu’aux peintres à restituer l’âme d’un paysage.
Si l’on associe souvent la Sainte-Victoire à Cézanne sans doute faudrait-il penser Louis Valtat comme le peintre de l’Esterel. Moins célébré que ses amis Bonnard ou Renoir, il fut tour à tour influencé par les nabis, les pointillistes, les post-impressionnistes et les fauves ce qui l’empêcha de devenir le «propriétaire» d’un style. Les nombreuses toiles présentées à Draguignan témoignent cependant d’un don particulier pour saisir les palpitations secrètes de la roche quand celle-ci est en proie aux caprices de l’air et des pins qui l’éraflent. La touche est vive, la couleur hurle comme des bourrasques de vent et des assauts maritimes. A elle seule, la peinture saisit le paysage dans son souffle, la nature entière se contracte dans la matière colorée déposée sur la toile. C’est le triomphe de la couleur pure. Albert Marquet peindra lui aussi la baie d’Agay où s’était d’abord installé Valtat. Mais rochers, mer et cieux s’équilibrent davantage dans la douceur tandis que Guillaumin, qui y résida également, rendra avec justesse le contraste saisissant des convulsions minérales et des découpes de roches avec la sérénité d’un horizon marin marié au poudroiement du ciel.
Construite en cinq sections pensées par Marine Roux, la scénographie nous entraîne sur les pas de nombreux peintres qui ont su restituer le sentiment d’un espace aussi particulier que celui de l’Esterel. Les variations chromatiques composent à elles seules une trame symphonique dont les accents se modulent selon la quinzaine d’artistes et la cinquantaine d’œuvres qui se déploient d’une salle à l’autre. La lumière se module, les rochers déchirent ou se tapissent dans l’ombre, les peintres s’appellent Ker-Xavier Roussel, Lévy-Dhurmer, René Sayssaud ou Clémentine Ballot. L’ensemble des œuvres constituent une sorte de grammaire pour la composition d’un paysage. Le corpus reste le même et pourtant chaque phrase diffuse sa propre densité. Aussi faut-il s’en emparer pour, par la suite, écouter les vibrations que la nature seule ne parvient à traduire quand vagues et rochers s’étirent dans les méandres d’un langage inconnu.















