Musée Fragonard, Grasse
Jusqu'au 18 octobre 2026
Quand parfums, couleurs et matières s'entremêlent pour une triple exposition à l'occasion du centième anniversaire du lieu, peintures, photographies ou costumes anciens écrivent une histoire dans laquelle chacun se retrouvera. Et d’abord dans l’enfance, à partir d'une trentaine d’œuvres de Fragonard, «L'enfant chéri de Grasse». Et toujours cette lumière floconneuse, ces teintes ouatées pour dire un jaune qui se découvre à l'instant où un bleu s'en empare pour se dissoudre dans une composition où tout converge vers la figure de l'enfant. Poupon au visage de rose ou angelot malicieux, le voici qui orchestre le tableau quand tout rayonne autour du berceau, dans une scène intérieure ou dans l'écrin d'un feuillage. Bébé joufflu aux riches carnations, il développe dans son environnement des effluves de tendresse tandis qu'autour de cette figure de l'innocence se trament jeux de pouvoir et de subtiles effluves de frivolité. Mais toujours la lumière qui l'emporte sur l'anecdote. Dans un vaste registre où scènes de genre rivalisent avec des compositions allégoriques, aérienne, c'est la vie qui s'écoule dans le cadre de la toile à partir du soleil de l'enfance.
En écho à cette douce idéalisation que moquait Diderot en parlant d'une «fricassée d'enfants», c'est un tout autre regard qui nous est proposé avec une série de photographies autour de la fleur pour son parfum de liberté et sa puissance symbolique à travers l'histoire. Pour répondre à la question de l'exposition «Qui a peur des fleurs?» voici des figures féminines, des fleurs au fusil ou autre «Révolution des œillets». Autant dire que la fleur est une arme, qu'elle se brandit sur les cicatrices de la douleur pour faire éclore l'espoir. En noir et blanc puis en couleur, à partir d'anonymes ou de photographes célèbres, tout un florilège de cris, de larmes ou de sourires se déploie au fil d'une centaine d’œuvres qui nous racontent sur un siècle une histoire de la liberté. La fleur revendique, elle s'accroche comme une couronne sombre sur les cheveux de Frida Khalo pour proclamer son identité, elle se dissémine dans la fête pacifiste du «Flower power». Partout, sur tous les continents, elle éclot dans sa promesse d'une vie heureuse face à la couleur du sang.
Car les couleurs de la vie s'inscrivent dans les corps. C'est ce que nous raconte ailleurs, dans le Musée Fragonard, «Piqué de couleurs» une histoire de couture, de costume ou de folie douce. Entre le blanc et le noir, chaque couleur se développe alors à partir du XVIIIe siècle pour définir l'esprit du costume provençal. Fête ou chagrin se chargent au fil du temps de l'empreinte d'une couleur dans les plis et replis des corsages et jupons, les tissus matelassés ou fichus imprimés. Des volutes de coton ou de satin se déploient alors comme de nouveaux pétales dans cet univers de fleurs.














