L'Artistique, Nice
Jusqu'au 16 janvier 2027
Anatomie d’un monde en marge
À Nice, L’Artistique consacre à Bernard Reyboz une exposition qui révèle la cohérence secrète d’une œuvre longtemps demeurée à l’écart des classifications. Dessinateur, peintre, sculpteur, inventeur de formes et de récits, l’artiste construisit depuis les années 1970 jusqu'à sa mort en 2012, un territoire où la science s'allie à la fiction, où l’humour devient une forme de poésie et dans lequel le vivant semble toujours sur le point de muter.
Il y a chez Bernard Reyboz une manière bien particulière de considérer les choses et de les regarder autrement pour qu’elles cessent d’être familières. Une carapace devient architecture, un fragment de nature prend des airs de fossile, une collection d’objets semble soudain provenir d’une civilisation disparue. Rien n’est jamais conforme à l'apparence. Et c’est précisément dans cet écart, dans ce léger déplacement du réel, que l’œuvre trouve sa force.
Avec « Hors Norme », L’Artistique remet en lumière un parcours aussi foisonnant que singulier. Plus de quatre-vingts œuvres composent cette exposition qui permet de mesurer l’étendue d’une pratique qui brouille les disciplines. Bernard Reyboz dessine, peint, sculpte, assemble, imagine. Il fut également illustrateur, travaillant notamment pour Fluide glacial. Autant d’expériences qui ont nourri un langage visuel où la précision du trait côtoie volontiers l’absurde et où la minutie devient le moteur même de l’imaginaire.
Son univers s'apparente à un cabinet de curiosités qu'il aurait débarrassé de toute nostalgie. Il y a le plaisir de classer, d’inventorier, de conserver mais surtout celui de dérégler les catégories. «Expédition BORNEO 1904 ou l’étrange collection entomologique du Major Douglas» en offre une illustration particulièrement savoureuse. Sous l’apparence d’un récit d’exploration et d’une entreprise quasi scientifique se glisse une fiction dont les ressorts sont ceux de l’art. Reyboz invente des mondes avec le sérieux d’un naturaliste et l’ironie d’un écrivain.
Cette ambiguïté est au cœur de son travail. L’artiste ne cherche pas tant à représenter le réel qu’à révéler ce qu’il pourrait contenir de factice. Ses formes paraissent documentaires alors qu’elles puisent dans l'imaginaires. Elles donnent l’impression d’avoir été découvertes plutôt que fabriquées. C’est là, peut-être, l’un des paradoxes les plus féconds de son œuvre: faire croire à l’invention pour mieux nous convaincre que l’étrange était déjà là.
Voici donc une œuvre «Hors norme». Non parce que Reyboz serait extérieur à l’histoire de l’art, mais parce qu’il en emprunte les chemins de traverse. Son œuvre ne proclame rien : elle déplace. Elle ne cherche pas à imposer un monde mais à nous faire douter du nôtre. Et ce qui en résulte, inquiétude ou émerveillement...
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