jeudi 5 novembre 2026

Sabine Weiss, Une vie de Photographe

 

Musée de la Photographie Charles Nègre, Nice

Jusqu'au 31 janvier 2027




Sans doute fallait-il cette énergie joyeuse qui fut celle de Sabine Weiss pour accueillir la tristesse sans la fuir et lui restituer toute sa noblesse. Celle des enfants, des vieillards et des déshérités, celle de ces regards qui disent tout d'eux-mêmes et rien de ce qu'ils voient. L'image réside alors dans cette clôture, dans cet intense resserrement en noir et blanc de la figure pour dire le silence à travers des portraits ou des scènes de rue. Puis traduire la fierté d'un sourire édenté, le récit d'une ombre sur un mur ébréché, un tissu froissé ou la lumière sur une nuque.

Ce sont ici 165 photographies et documents qui illustrent l’œuvre de Sabine Weiss. Née en 1924 en Suisse, elle commence dans l’après-guerre sa carrière de photographe et deviendra l'une des figures majeures de la photographie humaniste française à l'égal de Doisneau ou Brassaï. Alors qu'au début des années 50, la presse illustrée est en pleine expansion, elle travaillera pour de nombreuses revues internationales puis à partir de nombreux voyages jusqu’à sa disparition en 2021.

Au début, les photos illustrent un Paris qui sort de l'ombre. Les enfants et les vieillards se répondent dans une étrange évidence. Les uns comme les autres portent une fragilité désarmante, une dépendance au monde, une manière de l’habiter sans jamais le posséder. Un enfant regarde au loin ou un vieil homme baisse les yeux. Entre eux, les années s’effacent. A ces visages, Sabine Weiss, laisse leur part de mystère. Ce n'est pas le récit qui importe mais plutôt ce lien indéfinissable qui relie les individus dans une même humanité. Aussi photographie-t-elle des cérémonies, des fêtes gitanes, des mendiants et toujours dans de saisissants contrastes comme pour traduire l'intensité d'une vie intérieure. Mais elle s'attachera aussi aux artistes qu'elle rencontrera comme en témoignent d'émouvants portraits de Giacometti, André Breton, Françoise Sagan ou Brigitte Bardot... Et aussi quelques photographies de mode en couleur dans des compositions légères, des teintes pastel et un humour souriant. La symphonie du bonheur se savoure dans la mélancolie. Puis d'innombrables photos pour des voyages à travers le monde. En particulier à New York qu'elle découvrira avec Hugh Weiss, son mari américain.

Toutes ces images portent en elles la joie de vivre. Même dans les existences douloureuses. Même lorsqu'elle n'est plus qu'un souvenir, elle hante le regard des êtres, elle désigne une destinée. Chaque photographie est une manière de fixer le temps dans un instant de communion avec son sujet. Et le mot qui la résumerait toujours: la tendresse.

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