Musée Matisse, Nice
Jusqu'au 18 janvier 2027
Quand tout n'est que lumière, le réel ne se dissout pas mais les objets, les êtres ou les fleurs, tour à tour, s'éteignent ou surgissent dans leur essence même. Et Matisse avait compris que l'art était avant tout une création, c’est dire une naissance. Et qu'il ne s'agissait donc plus de raconter, d'imiter ou de décrire mais plutôt de révéler ce que l’œil ne pouvait à lui seul percevoir. Mais l'art n'est pas seulement un «chose mentale» comme le disait Léonard, il est surtout cette relation physique, ce bouleversement par rapport à l'espace. Et l'exposition niçoise, à partir de cette relation d'Axel Katz à l’œuvre de Matisse, exprime magistralement cette intensité sensible, cette musicalité de la couleur qui, paradoxalement, contient la puissance de la méditation et du silence.
Lorsqu'en 1949, le jeune Axel Katz découvre à New York les «intérieurs de Vence» de Matisse, c'est un éblouissement. Et comme pour les artistes américains de son temps, Pollock, Kline et tant d'autres, c'est le corps qui se mesure désormais à l'espace jusqu'à la disparition du réel dans l'abstraction. Poussant parfois sa peinture aux confins de celle-ci, Katz révèle dans ses figures, par ses aplats colorés, la simplification des formes et l'autorité de la ligne, une autre vision du monde. Utilisant les procédés matissiens tout en les radicalisant, il s'intéresse au motif pour en saisir le signe essentiel qui lui donne sens. C'est là tout le mystère, tout le silence qui enrobe les fleurs, les portraits ou les paysages dans leur grandiose solitude. Et c'est à celle-ci que nous nous mesurons. La peinture est ici un miroir dans lequel ne se reflètent que le temps, l'incertitude de nous-mêmes, le vertige du vide. Matisse simplifiait le monde, Axel Katz tend à l'éteindre par un effet d'éblouissement. Il suffit de contempler ces «roses noires» qui éclatent jusqu'à baver sur la toile pour répondre à l’incandescence des fleurs orangées, presque abstraites, réduites à un espace qui tend à s'effacer de la toile. Et toujours l'immensité, le travail du corps comme Matisse dans la découpe et le positionnement de ses gouaches.
Cette rencontre Matisse-Katz se réalise sur une vie entière. L'exposition établit des parallèles entre les deux artistes à partir des travaux de Katz de 1949 jusqu'en 2025. Ce regard contemporain sur Matisse permet de mieux comprendre l’importance de celui-ci dans les différentes étapes de son œuvre. Mais il dévoile surtout ce balbutiement des choses comme lorsque le jour se dérobe à la nuit et qu'une brume se dissout au soleil. C'est toujours cet instant, cette hésitation, cette béatitude, cette germination du sens qui irrigue l’œuvre d'Axel Katz. Et cette expérience du regard, Il faut l'éprouver comme une révélation.

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