samedi 4 juillet 2026

Victor Brauner, «L'aventure magique»

 

Nouveau Musée National de Monaco, Villa Paloma

Jusqu'au 3 janvier 2027


                               

L'aventure n'est pas une errance, elle procède au contraire, de par son étymologie, à «ce qui doit se produire». Et l’œuvre de Victor Brauner (1903-1966) se réalise sous le signe d'une prémonition, celle d'une fusion magique de l'espace et du temps pour une exploration de l'invisible. C'est ce fil d'Ariane que l'artiste ne cessera de développer entre dessins, toiles et sculptures à partir des années 20 lorsque, juif de Roumanie, il découvre la France. Prémonition encore quand, lors de cette quête de l'invisible et d'une vie tumultueuse, il perdra un œil en 1938. Et cet œil solitaire, déjà obsessionnel sur ses toiles, deviendra ce soleil iconique qui s'ajoutera aux signes archaïques qui parsèment son œuvre. Serpents, chats, fleurs ou lèvres stylisés sont autant de signes dans un vocabulaire universel pour dire le monde et en déchiffrer le mystère à partir des signes des civilisations anciennes à travers tous les continents.

A partir d'une collection privée de Patrice Pastor et avec plus de 160 œuvres, l'exposition monégasque nous entraîne dans un voyage ésotérique, celui d'un artiste fasciné par les aplats et les profils de l'ancienne Égypte, les contours du Sphinx et les couleurs pures d'un monde originel. Et le bestiaire précolombien ou de l'Océanie se confronte à de simples traits ou à des flèches, à des êtres hybrides, des lunes ou des formes géométriques. Car de cette totalité surgit la puissance de l'éternel comme un talisman pour conjurer la tragédie, un repère entre «totem et tabou», entre ironie et érotisme, pour un art visionnaire.

Victor Brauner rencontre André Breton en 1933 et adhère au surréalisme. On y retrouve parfois l'espace mouvant d'Yves Tanguy ou les corps corsetés et mécaniques de Chirico. Mais durant la guerre, il se réfugie dans les Haute-Alpes et c'est là qu'il découvrira la cire comme un matériau magique qu'il travaillera pour diluer la couleur sur la toile ou pour des expérimentations et des collages. Et d'une salle à l'autre on voit comment l'artiste ne cesse d'expérimenter comme si dans chaque œuvre, la vie reprenait souffle, autrement. Conduite par Camille Morando, l'exposition restitue ce souffle parfois halluciné, parfois réduit à une brindille de cendre. Le peintre collectionna aussi des pièces d'art primitif, d'Afrique et de Papouasie Nouvelle-Guinée. Autant d'éléments qui accompagnent ce voyage qui est aussi celui de l'histoire de l'art quand elle parle de beauté, de terreur, de désir ou de fièvre. Et cette histoire-là, elle s'écoule «magiquement» dans l’œuvre de Brauner et elle nous en dit parfois davantage que tout autre livre d'Histoire.









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