Centre
de la photographie de Mougins
Jusqu'au 4 octobre 2026
La vie des autres, le poids du monde au travers des secondes qui s'écoulent, c'est tout cela qui s'infuse sur la pellicule photographique de Bertien van Manen (1935-2024). D'abord mannequin, en 1958 elle passe très vite de l'autre côté de l'objectif pour céder sa place aux «invisibles», non pas pour les glorifier ou vers une quelconque démarche sociologique mais seulement comme pour entrer dans une méditation sur la condition humaine. Avec humilité, sans s'attacher à un style particulier, ignorant la beauté ou la laideur, elle raconte la vie des gens les plus modestes. Et les nombreuses photographies qu'elles réalisera d'abord pour des commandes pour magazines avant d'opter pour un appareil de simple amateur, ne s'attachent à aucun format, en noir et blanc comme en couleurs. Les photos s’égrènent simplement au fil des jours comme si son existence révélait le miroir de celle d’autrui. Portraits, scènes d'intérieurs, le plus souvent, ou parfois la solitude d'une maison sans rien d'autre, ponctuent ce journal de bord.
Et pourtant l’œuvre bouleverse par cette attention portée sur un regard, sur des gestes tendus ou relâchés, la position inconfortable des corps ou leur affaissement. Et sur tous ces détails qu'on ne regarde plus mais qui signent l'identité d'un être ou d'une communauté. Il n' y a jamais de pathos, pas d'éclats, de rires ou de larmes mais seulement l'image récurrente d'une situation. Et cet anonymat se charge alors de toute cette existence que les plus humbles, les plus démunis, les oubliés ne parviennent pas à exprimer au point d'oublier eux-même la dignité de leur existence. Mais la photographe ne parle pas pour eux, elle témoigne de l'éloquence de leur silence.
Pourtant la photographie elle-même semble porter cette parole. Elle s'émancipe des failles techniques, des flous ou des erreurs d'exposition, elle se revendique dans la modestie du regard, dans la fragilité et l'écoute de l'autre. Elle suit la variation des jours au hasard des rencontres et des voyages. Elle ne résume rien d'autre que l'instant où elle est produite. Elle est humaine, simplement humaine. Et tout au long de son existence, l'exposition dévoile par séquence comment, en Hollande, en Amérique, en Russie ou ailleurs, Bertien van Manen pénétrait la vie des gens, à pas feutrés, avec humilité, qu'il s'agisse de religieuses, de femmes travaillant dans les mines ou de simples anonymes. Et l'on comprend que la photographie ici, dans sa stricte neutralité, ne témoigne d'aucune psychologie et ne revendique rien. Elle témoigne simplement d'un destin.

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