mardi 12 mai 2026

La matière à l’œuvre


Terra Rossa, Salernes

Jusqu'au 27 juin 2026




De ma terre à matière, au-delà de la communion des mots, surgit cette connexion au sable, à l'argile, à la boue et à toutes les transformations que l'homme peut y apporter. C'est ce qui se joue à Terra Rossa, le Musée de la Céramique à Salernes. L'exposition proposée par 19 artistes du Collectif stART résume les multiples manières d'inscrire la matière au cœur de la création - verre, carton, polyester ou plâtre. Pourtant, comme le Musée s'attache essentiellement à la relation à la terre, il ne s'agira ici que d'un choix limité d'artistes qui ont explicitement décliné toutes les variations que cet élément primitif peut produire dans une création contemporaine. Et les propositions oscillent entre artisanat ou méditation profonde. Matière pensée comme support ou matière sublimée dans l'idéal de sa seule présence dans l'attente du miroir ocre du ciel.

C'est là que les œuvres de Nathalie Broyelle s'expriment dans une intensité inédite. Une série de vastes toiles s'irriguent de pigments et d'ocres issus de la terre salernoise. Apparition et disparition tissent des gammes sourdes et feutrées comme dans l'espoir d'une révélation. Et en effet, comme dans le Suaire de Turin, ce sont des figures de sanguine et de terre qui, entre coulures, pleurs ou pluies, s'exhalent dans l'annonciation de la terre liée au corps dans sa naissance et sa décomposition. Ainsi la dimension sacrée surgit-elle des pores de cette argile quand elle se métamorphose en une peau sous laquelle bat avec inquiétude le cœur du monde.

Pour sa part, Louis Dollé choisit la terre issue des fouilles archéologiques du Lazaret à Nice pour des têtes installées sur le sol comme des cris béants vers le ciel. C'est aussi une terre transformée, la faïence rouge chamotée, que manipule Richard Pellegrino pour d’austères stèles qui s'élèvent et qu'il nomme des «urnes»... A l'inverse, c'est plutôt dans un chant de la terre que résonne l’œuvre de Louise Caroline. Sur du papier froissé, elle fait danser le sang, le sable et l'or. Des sillons d'encre irriguent des crevasses d'où le soleil parvient à émerger. Le sang de la terre épouse le chant du monde.



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