vendredi 9 février 2018

Nasr-Eddine Bennacer, Galerie Depardieu, Nice




« Les voyages vers l'avenir à travers la mer du passé » :
 Un joli titre qui actualise cependant une crise contemporaine à travers les flux de temps quand ils se cognent à l'espace. Cet espace-là est ouvert, informe, au point de perdre tout contour, voire toute réalité physique, quand il se réduit aux flux de l'économie comme défi à toute géographie.
Si Nasr-Eddine Bennacer met en question le mondialisme, puisque tel est le sujet de son œuvre, c'est dans le sens d'une mise en examen qui déboucherait sur un non lieu. Aussi n'y a-t-il pas procès mais plutôt un « état des lieux », avec un relevé d'indices qui suffisent à dire le monde tel qu'il est. Cet état se réduit ainsi à un dehors, à une forme d'irréalité, à un hors topos - c'est à dire à une forme d'utopie réalisée. Un oxymore donc, de ceux qu'affectionnent les artistes quand il devient le champ de tous les possibles, aussi contradictoires soient-ils, et qu'il s'accorde à la multiplicité des techniques dont ils disposent.

N-E Bennacer décrit avec une parfaite maîtrise de son art cette circulation qui réduit les voyages à des flux de marchandises, qui condamnent tout homme à l'exil, fût-il intérieur. De l'humanité ne subsistent plus ici que des épaves de sens que l'artiste dessine, peint, assemble dans de puissantes techniques mixtes ou de subtiles installations. La force esthétique des signes convoqués -jeux sur des langues anatomiques ou des tours de Babel – suffit à donner sens au seul témoignage sans que l'artiste n'ait à recourir au pathos ou à l'argumentation. Tout est saisi dans une forme d'évidence qui exclut tout débat. L'artiste parvient à définir l'essentiel, ce qui échappe à toute règle, ce qui témoigne d'un temps et d'un espace qui, peut-être, se dissolvent, mais dont l'art assume encore la possibilité d'y déposer une espérance d'humanité.

Exposition jusqu'au 24 février 2018





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