Espace de l’Art Concret, Mouans-Sartoux
Jusqu’au 31 août 2025
Si l’éclairage soutient le narratif dans la photographie, il importe aussi de conduire une réflexion sur la seule lumière comme support fondamental de ce medium. Dans une démarche conceptuelle et expérimentale, l’artiste Mustapha Arezoual d’origine franco-marocaine poursuit ses recherches en évacuant tout autre sujet que la captation et la perception de la lumière. Et quand une approche conceptuelle peut souvent dérouter par excès d’hermétisme et lourdeur théorique, voici au contraire une approche «lumineuse», ouverte au vivant et privilégiant la réception sensorielle.
Dans le cadre d’une résidence au Centre de la photographie à Mougins en relation avec l’identité de ce territoire, l’artiste s’est emparé de la lumière du Sud à partir d’explorations physico-chimiques, optiques et électroniques. Dans des installations immersives, le visiteur est invité à éprouver le pouvoir de la lumière sur les sens à partir de situations qui renvoient aux émotions qu’une œuvre d’art peut susciter. D’emblée le support photographique n’apparaît pas tant il se dissout dans des gammes colorées qui pourraient appartenir à un peintre. Les expériences s’imprègnent de magie quand la science rencontre la poésie et, au cœur de l’abstraction, voici que le spectre lumineux déploie, entre éléments floconneux ou soyeux et éblouissement, le vertige de l’émotion quand celle-ci accède aux lisières d’un mystère qu’il faut élucider. Mustapha Arezoual nous conduit sur ces territoires inexplorés à partir de manipulations hermétiques à base de «photogrammes à la gomme bichromatée polychrome multicouche» et autres formules magiques pour nous envelopper dans le poudroiement d’une sublime nébuleuse entre lune et soleil. Parfois tactiles, parfois renvoyant au parfum lorsque l’artiste les ajuste à la chaleur en collaboration avec le parfumeur de Grasse, Fabrice Pellegin, chacune des œuvres présentées développe sa propre partition
Il est rare que la photographie en se détachant de toute représentation s’érige en spectacle d’elle-même. Cette fascination pour la lumière pousse l’artiste à explorer toutes les limites du medium et à s’aventurer là ou d’ordinaire la photographie est absente ou bien qu’elle serait à réinventer. Nous voici projetés dans le cœur fusionnel de l’art dans des réminiscences qui pourraient être celles de l’Orphisme et de Sonia Delaunay, de l’horizon tremblé d’une toile de Rothko et de tous ces aventuriers de la lumière. Dans une vidéo «Par une nuit sans lune», une lumière noire irradie la mer dans le battement de vagues. Au-delà de la magie noire, l’or de la nuit.