vendredi 13 mars 2026

Dominique Jaussein, «Signature visuelle»


Galerie du Musée de la photographie Charles Nègre, Nice



C’est toujours la lumière qui sculpte l’espace. Poussée à son paroxysme, la couleur noire l’amplifie et l’ensoleille. Par son apprentissage aux studios Harcourt, le photographe Dominique Jaussein maîtrise à la perfection cette écriture nocturne qui grave reliefs et replis pour faire jaillir dans notre regard une perception du monde qui transcende nos capacités visuelles. Noir et ivoire coïncident alors pour célébrer le corps quand la danse est aussi ce territoire sur lequel s’écrivent les gestes et les tensions de celui qui le traverse. Et cet accord primitif du corps et des éléments irrigue cet ensemble photographique à partir d’une chorégraphie du danseur Geogres Oliveira.

Pourtant, plutôt que de se focaliser sur la danse, la photographie sculpte l’immobilité en amont du mouvement dont la trace s’imprime pourtant sur la chair du danseur. Le corps est ici une matière vivante qui répond à son socle, le plus souvent un simple billot de bois avec ses veines et ses craquelures. Osmose parfaite avec les nervures et les crevasses des muscles quand elles se modulent avec le grain de la peau. Le bois tranché devient cette arène silencieuse d’où surgit le modelé d’un membre, d’une épaule ou d’un dos adossé à une nuit flamboyante. Le bronze semble alors cette matière d'une sculpture apparente que le photographe ne cesse de tordre, de déplier ou de tendre dans des mises en scène périlleuses où le danseur se fige comme pour désigner la part d’invisible de son art.

Orteils pliés, muscles tendus jusqu’à l’arrachement, ondulations de la chair tissent leurs éclats nocturnes tandis que seules les mains parlent plus fort que le silence. Elles ressemblent parfois à des étoiles, elles déchirent la nuit, elles s’agrippent à la seule beauté de l’inconnu que le photographe traque pour nous en dévoiler les nerfs et les tendons. L’image se transforme alors en une anatomie de l’espace.

L’exposition se présente comme une «signature gestuelle». Dans cet apparent pléonasme réside l’idée de l’autorité du geste. C’est celui-ci, dans son apparence modeste, dans sa nudité somptueuse, que le photographe célèbre. Le geste cisaille la nuit comme dans un éclat d’acier; il demeure ici en suspens comme une promesse de surgir hors de l’image afin d’interpréter le chant invisible de son cœur et de ses entrailles.




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