André Villers + Elsa Leydier, Clara Chichin
Centre de la photographie de Mougins
Jusqu'au 6 juin 2026
La photographie ne se limite pas aux seules fonctions documentaires ou esthétiques, et si l'objectif traque le réel, il peut aussi se soumettre à quantité de variations et de transformations. A partir de 1953, à Vallauris, André Villers rencontre Picasso et, dès lors, il ne cessera de photographier le peintre. Pourtant, en parallèle à la force expressive de ses portraits, il s'adonnera au jeu des métamorphoses par toute une série d’expérimentations. Transformer le négatif, insérer des collages et des surimpressions, inventer des formes nouvelles, autant d'aventures pour définir un nouveau langage aux lisières de la littérature. Les séries de photographies se présentent alors comme autant de pages qui se lisent comme lorsque André Villers accompagne les poèmes de Prévert ou les «pliages d'ombres» de Michel Butor... Et l'image s'émancipe alors de son cadre pour s'insérer dans la fragilité du vivant et du hasard.
Si l'exposition de Mougins relate cette relation d'André Villers à Picasso et aux écrivains, elle s'enrichit de l'intervention de deux jeunes photographes qui poursuivent cette exploration de la matière photographique vécue comme une expérience sensible en proie à toutes les audaces. Elsa Leydier se plaît à se définir comme une «impostrice». Elle se refuse à emprisonner l'image et, au contraire, privilégie doute, hésitation et vulnérabilité. Sur un support de papier recyclé et ensemencé de graines qu'elle recueille, la trace du vivant s'imprime dans l'incertitude de la couleur, la fragilité de la forme et la seule autorité du hasard. Aussi la photographie se définit-t-elle comme hypothèse dans le seul mouvement du temps qui s'absorbe dans la modestie du regard et la fragilité du papier pour dire le tremblement du monde. Photographier la disparition c'est aussi se saisir et se dessaisir de l'espace et du temps, se libérer du pouvoir de l'image.
Dans une même démarche poétique, Clara Chichin marche, erre et dérive hors sentiers à travers le paysage méditerranéen, là où le relief s'accroche à la lumière dont les éclats s'insèrent parmi les corps qui la subissent et avec le monde qu'elle dévoile. L'image devient alors cet instant de transition, ce lieu de passage sensible entre nous-mêmes et la nature. Et la photographie se greffe sur un paysage recomposé, magnifié, où vagues et rochers palpitent parmi les ors et les soleils du monde.


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