dimanche 5 juillet 2020

Laure Prouvost, « Voir ce bleu profond te fondre »




Les Abattoirs, Toulouse
Jusqu'au 20 septembre 2020

L'énergie des rêves

Voir ce lieu où tout se transforme sans commencement ni fin, là où le réel se décompose, que sons et images se confondent et que le temps s'abolit. C'est là ce monde rêvé de Laure Prouvost quand l'inconscient se formule au travers d'un film et d'un environnement d'objets hétéroclites, épaves du quotidien et rappel des éléments qui nous constituent. Les citations surréalistes sont précises mais, s'il s'agit de penser autrement le monde, ce n'est pas dans le but de libérer l'inconscient mais pour que ce monde se conjugue à une humanité meilleure.
« Voir ce bleu profond te fondre » est cette œuvre qui fut d'abord présentée dans le pavillon français pour la dernière Biennale de Venise. Elle prend la forme d'une déambulation poétique sur de multiples paysages, la mer, le Palais idéal du Facteur Cheval, Venise et le lieu même où la Biennale se déroule. Les séquences sont hachées, les visions se télescopent, les langues se superposent, les images s'imprègnent d'éléments liquides et tentaculaires. Tout s'entremêle pour une sublime fusion dans l'illustration d'un autre monde possible.
Laure Prouvost nous confie une œuvre ouverte, généreuse et, souvent sous une forme burlesque, elle conduit cet étrange cérémonial qui est aussi un voyage initiatique. Elle extirpe de nos imaginaires les angoisses et nos différences en recomposant la trame de ce qui nous unit aux autres et au monde. Autant dire que cette énergie folle qui se déploie dans l’œuvre est à la mesure de nos espoirs pour une planète mieux respectée car nous en partageons tous les atomes et que chacun de nous est aussi une partie intégrante des autres. Et voici que Laure Prouvost nous transporte dans une sorte de  « bateau ivre ». On y retrouve, comme chez Rimbaud, la même puissance de la synesthésie et ce même constat : « Je est un autre ».



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