dimanche 5 juillet 2020

« Les lumières de Goya », Musée Goya, Castres






D'une statuette ibérique du VIe siècle avant J.C à une toile de Picasso, une visite au Musée Goya de Castres permet une passionnante appréciation de l'art espagnol à travers les siècles. Siècle d'or pour Vélazquez avec le portrait de Philippe IV ou pour Murillo avec La Vierge au Chapelet. Mais aussi avec Goya et le Siècle des Lumières, dans son sens le plus large. En effet, le peintre dans « La junte des Philippines », le plus grand tableau qu'il exécuta, illustre pleinement la critique philosophique et politique qui se développe au cours du XVIIIe siècle ainsi que le travail impressionnant réalisé sur la lumière dans cette œuvre.
Son extrême modernité est frappante. D'un point de vue formel, les dimensions imposantes de la toile et une composition géométrique austère permettent des jeux d'ombre et de lumière qui soulignent sobrement le vide que Goya met en scène. De quoi s'agit-il ici ? D'un discours que le roi, de retour d'exil prononce devant une assemblée de notables actionnaires de la Compagnie des Philippines. Dans la partie supérieur du tableau, l'horizontalité du pouvoir avec le monarque en son centre. Sur la partie inférieure et sur les bords, se déploient les figures endormies ou agitées d'un auditoire en rien concerné par ces discours. La rupture entre la monarchie et les Libéraux apparaît dans toute son évidence. Pourtant c'est dans la structure de la toile et la mise en scène de ses jeux lumineux que Goya impose sa force. A la droite du tableau, un vaste pan rectangulaire d'une lumière externe éclaire l'ensemble. De larges zone de vide s'en imprègnent et diffusent des nuances veloutées d'ocres et de gris colorés. Entres les zones supérieures et celles du superbe tapis d'Orient qui se prolonge vers nous, la couleur vibre comme sur une toile de Rothko. La lumière énonce alors comme un « hors-texte » la vacuité de la scène qui se déroule ici. D'ailleurs à son opposé, à peine visibles, dans l'ombre, trois personnages resserrés : L'un dissimule l'autre tandis que le troisième nous regarde et nous surveille. Goya peint ce combat de l'ombre et de la lumière. La peinture est ce récit.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire