vendredi 21 mai 2021

Cécile Bart, "Je suis bleue"

 


Musée National Marc Chagall, Nice

Jusqu'au 20 août 2021




S'approprier une œuvre, vivre avec elle ne serait-ce qu'en un laps de temps aussi incertain que ce qu'il restera d'elle à travers les caprices de la perception, dans l'hésitation du sens qu'on lui attribuera... Cécile Bart met en scène cette déambulation à travers laquelle se construit le regard du spectateur face à la peinture. Dans les salles du Musée Chagall, elle absorbe les angles d' une architecture, sa transparence, sa lumière naturelle mais aussi les cimaises où se développent les récits du peintre entre terre et ciel - le ciel surtout, avec du bleu, des nuages, le cycle des hommes et des bêtes, et dehors le jardin, la trace d'un paradis. Mais elle s'empare aussi des vitraux, d' une mosaïque et de toute cette œuvre de Chagall, bouillonnante de couleurs, vibrante, dansante. Cécile Bart en saisit le rythme pour le restituer autrement par une série de dispositifs lumineux disséminés dans l'espace du musée.

Ce mouvement qui est aussi le nôtre est au cœur de la peinture. Dans une salle, un trajet labyrinthique et silencieux s'élabore à partir de vastes écrans colorés où se mêlent des extraits de films représentant des corps dansants, comme l'apesanteur de fantômes réfléchissant l'image des visiteurs qui circulent dans la transparence de ces écrans. Ici comme ailleurs, la trace de la couleur qui se dépose et celle du mouvement de la main imprègne l’œuvre. Car Cécile Bart célèbre la peinture au-delà du tableau. Elle capte les modulations de la lumière, s'insinue dans le tournoiement des figures bibliques de Chagall pour leur répondre en contrepoint, extraire les courbures et les lignes dans la légèreté et l'envol. « Je suis bleue », dit-elle en reprenant l'expression du peintre dans l'incarnation de la couleur et de la transparence du ciel.

L'artiste, par de vastes compositions à partir de voiles de Tergal délicatement teintées, recompose les méandres d'une création, capte les jeux de lumière, se saisit de l'ossature géométrique d'un lieu et d'une œuvre pour exprimer ce qu'elle recèle d'invisible. Elle peint les nuages ou plutôt à travers les nuages. Tout est tournoiement et mouvement et pourtant l'espace se dépouille de toute scorie, la couleur s'y dépose comme une poussière lumineuse. Cécile Bart rend hommage à Chagall, à la structure de son imaginaire qu'elle parvient à mettre en scène tout en restant à distance par le biais de l'abstraction. Et la lumière demeure ici le cœur battant d'une œuvre à découvrir.







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