mardi 17 septembre 2019

Dewar § Gicquel, "Fantasmes Mammifères".



Daniel Dewar § Grégory Gicquel, « Fantasmes Mammifères »
MAC Lyon jusqu'au 5 janvier 2020.


                       Le bois sans langue de bois.

Lauréats du prix Marcel Duchamp en 1912, les deux artistes poursuivent l’exploration d'une matière simple comme source de leur imaginaire. Cette fois-ci, au Musée d'Art Contemporain dans le cadre de la Biennale de Lyon pour une exposition « Fantasmes Mammifères ». Le bois, et avec lui sa valeur d'usage, sa fonction décorative ou utilitaire, se confronte à un univers post-pop dans lequel l’artisanat tient lieu de boussole pour une production radicalement déboussolée. Pourtant, si dans cette Biennale les œuvres présentées tiennent parfois plus du dérisoire que de la dérision, celles de Dewar § Gicquel s'attachent à pousser genres et matériaux jusqu'à leur retranchement pour les doter d'un sens qui contrarie le contexte duquel ils procédaient.
Poussées à l'extrême de l'humour, du fantasme et de la banalité, leurs créations parlent de l'obsession, de l'utilitaire, du sexe et du morbide dans le quotidien. Ameublements, bas-reliefs ou sculptures taillées dans un bois brut désignent les traces de la contamination d'une matière rongée par les vers de nos rires et de nos angoisses. Ils reflètent nos archaïsmes et rappellent notre animalité sur un mode burlesque, dans une débauche de corps démembrés, d'intestins et d'un bestiaire où la fantaisie pastorale se trouve détournée dans un « jardin des délices » contemporain quand rêves et cauchemars s'imbriquent pour transgresser le réel ou lui faire rendre gorge.
Tout ceci est précis, d'une cruauté sourde, et témoigne d'un savoir-faire impressionnant. D'une pièce à l'autre se déclinent une obscénité jubilatoire et cette aisance à se renouveler sans cesse avec ce détachement hautain qui reste la marque des grands artistes. D'aucuns, dans l'air du temps, souhaiteraient y voir un manifeste anti-spéciste et les commissaires de la Biennale ont largement cédé à cet effet de mode. La parité la plus stricte est de mise, les notions de genre, l’anthropocène et le post- humanisme sont de rigueur. Pourtant les œuvres de Dewar § Gicquel parlent le monde hors du temps présent comme le fit Jérôme Bosch. Elles parlent d'aujourd'hui en se confrontant au passé ; elles transcendent et sondent l'obscurité de l'avenir.



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