jeudi 25 avril 2019

Philippe Pastor, "Terre § Métamorphoses"




Monaco, Galerie Modern'Art , jusqu'au 26 juillet 2019

Penser la terre signifie pour un artiste l'éprouver charnellement. Ressentir ses blessures c'est aussi subir cette déchirure que l'activité artistique révèle et cautérise tout à la fois. Pour cela Philippe Pastor prélève les matières minérales et végétales issues de cette nature blessée. Il en révèle la force enfouie parce que pour lui l'art est un engagement  pour nous alarmer des drames de la terre, de la forêt ou de la mer, pour dénoncer les catastrophes climatiques qui lacèrent les arbres et les incendies pour ces cendres dans lesquelles notre monde menace de disparaître.
 La disparition tel est bien l'enjeu de ces peintures monumentales où la puissance du geste se mesure à celle des éléments. Elle en est la figure centrale mais aussi notre horizon fatal si l'humain ne parvient pas à se réconcilier avec cette nature qui nous donne la vie et à laquelle nous appartenons. L'art peut alors être cet acte réparateur en même temps qu'il nous alerte sur les conséquences de notre démesure. Mais le geste de l'artiste s'efface dans l'essence même de la matière, les feuilles, les brindilles, les aiguilles de pin, toute cette nature filandreuse qui se heurte à l'artifice de la couleur du peintre même quand celle-ci résulte de pigments naturels : Deux vies, celle de l'artiste et celle de son environnement, qui se confrontent mais communient dans la menace d'un  même anéantissement. Nous voici convoqués au cœur de la démarche d'un artiste: Disparition certes, mais pour quelle forme nouvelle? Philippe Pastor répond par l'éclatement d'une colère, d'un jaillissement de la nature comme si celle-ci, d'elle-même, poussait son cri, exhibait les stigmates des souffrances qu'on lui infligeait. Éruption de couleurs et débris d'après l'apocalypse. Mais il y a pourtant ces totems qui se dressent, ces arbres calcinés dans le bronze pour un semblant d'éternité: l'ultime trace de l'espoir.


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