jeudi 12 février 2026

Le sentiment de la nature

 


L’art contemporain au miroir de Poussin

NMNM de Monaco - Villa Paloma

Jusqu’au 25 mai 2026


                                                    Nicolas Poussin, La mort d'Eurydice

Toute forêt est enchantée, les eaux diffusent leur souffle de même que les prairies riment avec esprit. Et la nature avec la littérature. La peinture de Nicolas Poussin traduisait ce récit qui est aussi bien celui d’un philosophe que d’un poète. Au XVIIe siècle, le peintre fut le premier à s’évader du cadre stricte d’un paysage conçu comme théâtre de l’humanité pour glorifier la puissance intrinsèque de la nature. Avec lyrisme, il la célébra et devant des bouquets d’arbres, il en dessinait toutes les palpitations avant de les restituer sur la toile. Et ces croquis se chargeaient du jour ou de la nuit, du soleil ou des orages. Paisible ou violente, cette peinture porte en elle toutes les couleurs et les ondulations d’ une tragédie heureuse.

Comment cette peinture résonne-t-elle aujourd’hui? A partir de cinq tableaux de Poussin mais aussi de quelques-uns de ses suiveurs, Hubert Robert, Vernet ou Pierre-Henri de Valenciennes, l’exposition monégasque donne voix à quelques dizaines d’artistes contemporains qui tous, à leur manière, renouent avec ce «sentiment de la nature». C’est surtout à Rome que Poussin réalisa son œuvre. Aussi l’art contemporain de l’Italie, en particulier l’arte povera est-il ici privilégié. Mais sculptures, vidéos, photographies ou peintures de nombreux artistes français ou internationaux nous entraînent dans le sillage de ce qu’on appelait dans l’Antiquité les miracula naturae, c’est à dire les «merveilles de la nature». Et ce voyage se réalise au gré de six étapes: orages et nuits, forêts et jardins, marines et chutes d’eau, déserts et volcans, monts et montagnes, fleurs et papillons. Écrite et mise en scène par Guillaume de Sardes, cette exposition se vit comme un enchantement.

Voici donc l’écho des Géorgiques de Virgile, ce chant de la terre qui est aussi une méditation sur la fragilité de la vie. Il s’écrit dans les tableaux de Marine Wallon avec une matière picturale épaisse pour traduire la légèreté jusqu’au vide entre figure et abstraction. Il explose dans l’hédonisme outrancier d’une toile de Walter Robinson. Il s’engouffre dans les vidéos d’Ange Leccia avec le ressac des lames de fond ou le grondement des éclairs. A moins qu’avec humour, dans l’œuvre conceptuelle de Robert Barry, elle ne se dilue dans l’invisible… Toutes les strates du vivant se trouvent ici convoquées dans une floraison de langages, de formes et de couleurs. On circule parmi les œuvres de Christo et Jeanne-Claude, de Paolini ou de Penone, d’Anderas Gursky ou de Pierre Lesieur. Et comme dans tous les labyrinthes, on s’amuse à chercher son chemin, et entre déserts et forêts, on entend, entre joie et inquiétude, le murmure ou le cri du chant du monde. La douceur des fleurs de Pierre Joseph répond aux éruptions volcaniques de Mimmo Jodice.

On ne s’ennuie jamais, on est emporté par le rythme de cette orchestration symphonique quand le vent des tempêtes et le silence des déserts tour à tour nous assaillent, fusionnent ou se dispersent. Et toujours l’on s’émerveille.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire