mercredi 31 décembre 2025

 

Claude Viallat, «Avatar 2005-2025, Clin d’œil à Jean fournier»

Hôtel des Arts, Toulon

Jusqu'au 25 avril 2026



L'écho d'une forme «informelle» qui s'impose ou s'efface parmi des jeux de couleurs et de matières, c'est à ceci que se résumerait la peinture de Claude Viallat. Pourtant cette apparente simplicité, ce protocole répétitif auquel l'artiste s'astreint depuis des décennies, l'autorisent à de multiples variations. Et comprendre cette œuvre c'est en saisir ce long processus par lequel la figure se métamorphose dans l'incertitude même de sa gestation ou de sa disparition. L'exposition toulonnaise relate les vingt dernières années de l'artiste comme autant d'étapes successives dans l'exploration du fragile concept de représentation. Mais loin d'une démarche intellectuelle, l'artiste revendique une relation intime avec la peinture. Celui qui fut en 1970 l'un des initiateurs de Supports/Surfaces écrivait: «La sensualité est primordiale, c'est un moteur». Et l'art se confond alors avec une expérience, une confrontation entre une règle imposée et le hasard qui trouble nos repères pour de nouvelles découvertes.

C'est ainsi que la peinture de Viallat est extraordinairement vivante. Sa sève, rêche ou baveuse, irrigue la matière, Elle s'écoule entre les liens ou les déchirures d'une étoffe crue, d'un élément de parasol ou d'un treillis militaire. La toile dans tous ses états est alors livrée à l'assaut de la couleur qui suinte ou s'assèche en croûtes pour définir les contours d'une apparition qui toujours se refuse aux lisières de son épiphanie. Et l'artiste déclare: «Ma peinture prolifère, elle éclate, elle part dans tous les sens. Elle joue en tressé et en ébouriffé.»

Amoncellement de matières, les œuvres sont des architectures qui alternent le plein et le vide avec des draps, des lambeaux d'éléments décoratifs, toiles de tentes ou rideaux. Transparents ou d'une profonde épaisseur, tissus imprimés, fils et étoffes diverses sont le cadre d'une partition lors de laquelle, sur des fonds neutres ou bigarrés, éclatent les notes de la couleur dans des salves de rouge ou de jaune avant qu'elles ne se dissolvent dans la matière. Tour à tour douce et éruptive, la couleur se confond à cette empreinte qui anticipe l'éclosion d'une forme. Celle-ci, obsessionnelle, résonne comme pour une envoûtante modulation de gammes répétitives à l'instar des musiques de Terry Rilley ou de Philip Glass à l'époque où Claude Viallat, né en 1936, commençait son œuvre à la fin des années 60...

Haut lieu de la culture contemporaine, L'Hôtel des Arts de Toulon rend aussi hommage à travers cette exposition à Jean Fournier (1922-2006) qui fut le marchand de Claude Viallat de 1967 à 1997 et qui, sous le titre «Avatars» exposa l'artiste avec Sam Francis, Joan Mitchell, Shirley Jaffe et bien d'autres.



vendredi 26 décembre 2025

 

CARNAVALS d’ici et d’ailleurs

Hôtel Départemental des Expositions du Var, Draguignan

Jusqu'au 22 mars 2026



Nationales, militaires ou religieuses, les célébrations relèvent de la verticalité d’un pouvoir tandis que les fêtes populaires surgissent d’un fond archaïque qui vont défier temporairement l’ordre hiérarchique pour, en réalité, le consolider par un effet de catharsis. Le carnaval est cet événement à la croisée du rite, de la fête et de la subversion dont l’histoire et les multiples variations géographiques sont relatées lors de cette exposition du HDE de Draguignan.

Au fil du parcours, de ses origines jusqu’aux multiples aspects de sa présence contemporaine, l’exposition nous présente toutes les facettes du carnaval à partir d’une riche documentation - peintures anciennes ou contemporaines, photographies, masques, costumes, objets archéologiques ou ethnologiques qui traduisent toute la variété d’un événement dont la source nous ramène à l’antiquité avec ses fêtes liées aux cycles agricoles et cosmiques marquant la fin de l’hiver et le renouveau de la vie. Les fêtes de Dionysos, les bacchanales ou les saturnales romaines témoignèrent de ces instants d’inversion de l’ordre établi dans un défoulement populaire. D'une salle à l'autre, le visiteur est convié à suivre l'histoire de ce rituel qui, avec l'expansion du christianisme, devient le prélude au carême, période de privation avant Pâques. Et si l'étymologie du carnaval renvoie à la privation de la viande, elle désigne aussi paradoxalement une libération de la chair... Ainsi le masque, par son anonymat, efface-t-il les identités fixes et autorise une métamorphose symbolique. Le roi se fait bouffon et le pauvre devient prince...

De Venise à Rio, de Bâle à Nice ou aux Caraïbes, le carnaval s'inscrit dans la spécificité des cultures locales, jouant du rire ou de l'épouvante, parsemant la nuit de ses paillettes au son des clochettes et des tambourins ou traversant les jours de ses chars chamarrés de plumes, de rires et de chants. C'est le temps de l'inversion et du travestissement quand les identités sociales ou sexuelles, pour un temps, se dissolvent dans l'imaginaire. Les signes de cette exubérance dans toute leur ambiguïté sont spectaculairement dévoilés au cours de l'exposition. On y voit des peintures anciennes qui rebondissent sur des œuvres d'Alechinsky ou de Patrick Moya, on s'effraie des diables et de leurs cornes comme on s'amuse des caricatures ou des grosses têtes dans les cortèges dans le sillage des confettis avant qu'on ne brûle le Roi Carnaval... Et puis tout recommence, le rythme des saisons, l'ordre des choses jusqu'aux nouvelles illusions... La fête est finie.