samedi 7 mars 2026

Franta, «La condition humaine»

 


Musée de Vence

Jusqu'au 34 mai 2026



Il y a ces rocs que le temps ne saurait effriter au-delà des rides qui les sculptent. Franta s'apparente à ceux-ci. Dressé face à tous les vents contraires, il ne cesse d'ériger corps et matières comme un miroir de lui-même pour, à travers sa peinture, ses dessins ou sculptures, faire rempart à l'oppression d'où qu'elle vienne ainsi qu'aux torrents d' horreurs qu'elle charrie.

Né en 1930 en Tchécoslovaquie, Franta fuit le communisme et s'installe à Vence en 1958 où il travaille encore aujourd'hui. Très vite, dans le sillage de l’expressionnisme et d'une génération marquée par le souvenir de la guerre et du nazisme, son œuvre bénéficiera d'une reconnaissance internationale et sera exposée dans les musées les plus prestigieux. L'exposition du Musée de Vence se développe selon un parcours qui répond à l'extrême tension d'une œuvre qui surgit au cœur des tempêtes de l'histoire mais qui, par sa variété, son intensité et les récits qui la constituent nous entraîne dans une passionnante aventure humaine et artistique. Et en contrepoint de l'exposition temporaire, une trentaine d’œuvres offertes par l'artiste sont désormais présentées de façon pérenne dans un espace dédié.

La peinture s'offre ici comme un corps à corps. Le pinceau est cette griffe qui arrache les entrailles de la matière pour nous éblouir de sang ou de lumière. Un rythme sauvage s'empare de l'espace comme s'il s'écoulait des sources mêmes du temps. Pulsion originelle, joie, cruauté, la condition humaine s'écrit alors dans les entrelacs de l'horreur et du bonheur, de la souffrance et de l'espérance. Franta capte ce souffle qui jaillit de nos vie pour le traduire en silhouettes fragiles ou en remparts de carcasses qui s'affrontent aux chaos du monde. Le geste se fait tour à tour rageur ou se fond dans la promesse d'une douceur par une main secourable qui apaise la toile d'une caresse de couleurs tendres et de traits délicats. L'artiste, au-delà des catastrophes humaines, témoigne aussi des mains jointes et des étreintes qui nous sauvent de la nuit. Corps à corps amoureux ou de combat s'imprègnent de variations en teintes sourdes ou en éclats de rouge pour révéler cette danse macabre ou joyeuse du jour ou de la nuit.

Déchirer le poids du destin c'est toujours s'évader, s'emparer des ailes de la liberté. Se heurter aux désordre du monde, s'ensauvager, sortir des chemins battus, voyager... Franta a beaucoup fréquenté New York et l'Afrique. Mais aussi l'Europe, le Mexique, le Japon. Dans son œuvre, il en extrait la quintessence, des éclairs de vie, des cris en forme de sourire ou des paysages qui se confondent à des visages. Les corps se tordent alors à l'égal des arbres et le monde, pour le meilleur ou pour le pire, se confond à une forêt magique. L'artiste nous engage à l'explorer quand chaque œuvre nous ouvre les portes du mystère de cette fusion de l'humain et de la matière universelle.