mardi 10 février 2026

Chagall à l’œuvre. Un prêt d’exception au musée.


Musée National Marc Chagall, Nice

Jusqu’au 17 mai 2026



Dans son musée, sur les hauteurs de Nice gorgées de lumière, la peinture de Chagall ne cesse d’éclore dans un geste d’élévation vers le ciel. Entre les toiles, les vitraux ou les mosaïques se déployant au fond d’un bassin, le peintre exalte formes, matières et récits. Mais c’est toujours le rêve d’une ascension qu’il poursuit - ailes d’anges ou d’oiseaux pour un envol vers un plafond céleste. C’est pourtant un autre plafond, celui de l’Opéra Garnier à Paris, que Chagall peindra selon le vœu d’André Malraux en 1963. C’est donc là, pour un hommage à la musique, qu’il déploiera une «fleur de lumière», transformant chaque note de Mozart ou de Ravel en une note de couleur.

Des travaux préparatoires, des maquettes et des esquisses illustrent cette réalisation par laquelle le peintre se fait chef d’orchestre et crée ainsi un univers qui englobe le spectateur. Et, en dépit de la polémique qui précéda l’œuvre, il parvint à réconcilier la modernité avec le patrimoine historique. Dans ce ciel tournoyant, Chagall sculpte des rêves et tisse des mélodies quand vibrent les rouges et que les bleus s’approfondissent. Telle est cette introduction pour cette nouvelle exposition dont le second volet s’ouvrira en mai prochain puisqu’elle fait partie d’une récente donation de 141 œuvres par les petites filles de Chagall, Bella et Meret Meyer au Centre Pompidou qui les prêtent maintenant à Nice jusqu’en septembre.

L’opéra c’est aussi une scène, un théâtre dans lequel l’idéal d’un art total s’accomplit. Et l’exposition se poursuit avec les travaux préparatoires pour L’Oiseau de feu de Stravinsky, créé initialement pour les Ballets russes. Inspiré du folklore russe, le récit met en scène l’affrontement entre lumière et ténèbres, amour et destruction. Ici Chagall transpose son univers pictural sur scène. Le rideau d’ouverture, d’un bleu intense, installe immédiatement une atmosphère onirique. Le magicien Kastcheï, figure sombre et menaçante, domine un monde nocturne, tandis que l’Oiseau de feu, chimère mi-femme mi-animale, irradie de couleurs vives. Les rouges, jaunes et roses éclatent dans un ciel nocturne, symboles d’un amour victorieux. Le prince Ivan, bouquet de roses à la main, incarne l’élan vital, la promesse d’un avenir libéré. Chagall peint le rideau et les costumes des danseurs. Ce sont 64 esquisses et derrière la diversité des techniques se dessine une même quête : celle d’un art capable de relier le visible et l’invisible, le quotidien et le sacré, l’intime et l’universel.

Aussi Chagall s’est-il intéressé à la sculpture et à la céramique. De 1950 à 1983, il explore les possibilités plastiques de la terre cuite, du modelage et de l’émaillage. Loin d’un simple artisanat décoratif, ses céramiques deviennent de véritables volumes narratifs. Assiettes, plats, formes courbes accueillent une peinture directe, vibrante, soumise aux métamorphoses imprévisibles de la cuisson. Chagall accepte l’accident, joue avec les surfaces, grave, incise, anticipe les mutations chromatiques. Chaque œuvre semble être une quête de «l'énergie vitale», une tentative de capturer l'esprit de la nature dans la densité de la roche.

À partir des années 1960, Chagall s'approprie aussi la technique cubiste du collage, mais il la réinvente à sa manière, poétique et organique. Il assemble des papiers colorés, des tissus unis ou à motifs pour créer des compositions aux textures riches et profondes. Toujours explorer, se risquer dans de nouveaux chemins, entre terre et ciel, pour célébrer à travers l’art le miracle de la beauté.