Espace de l’Art Concret, Mouans-Sartoux
Jusqu’au 3 mai 2026
Quand l’art prend de la hauteur : voyage sensible entre orbite terrestre et grilles cartésiennes
À l’Espace de l’Art Concret, l’année 2026 s’ouvre sur une réflexion approfondie sur les relations entre art et science, à travers deux expositions, deux approches distinctes mais convergentes, dans lesquelles l’art se confronte à des cadres scientifiques, techniques et conceptuels exigeants.
Coproduite avec l’Observatoire de l’Espace du CNES, L’Art extra-terrestre au XXIᵉ siècle explore les usages artistiques de l’espace dans un contexte où celui-ci n’est plus un simple imaginaire, mais un territoire réel, structuré par des contraintes physiques. Une douzaine d’artistes travaillent à partir des conditions mêmes de l’exploration spatiale : microgravité, vols paraboliques, Station spatiale internationale, dispositifs de réalité virtuelle ou images satellitaires. L’espace devient ainsi un paramètre actif de la création, intégré au processus artistique.
Les œuvres témoignent d’un déplacement du rôle de l’artiste, désormais inscrit dans des collaborations étroites avec des ingénieurs, des chercheurs et des institutions scientifiques. Les contraintes techniques ne sont plus des obstacles mais des données esthétiques. En mobilisant les conditions extrêmes de l’environnement extra-terrestre les artistes réinventent le corps, le mouvement, le temps et la matérialité de l’œuvre par une lecture critique des enjeux de la conquête spatiale.
En regard de cette exploration extra-terrestre, l’exposition Jürg Nänni – Art & Science propose une œuvre singulière, ancrée dans la rigueur mathématique et la réflexion sur la perception visuelle. Physicien de formation, Jürg Nänni (1942–2019) a développé un corpus fondé sur des règles strictes, des systèmes algorithmiques et une précision géométrique extrême. Longtemps restée confidentielle, cette œuvre est aujourd’hui redécouverte dans toute son ampleur. Fondée sur une organisation cartésienne des couleurs primaires - bleu, jaune, rouge - la règle devient un outil d’exploration visuelle. Inscrit dans la tradition de l’art concret suisse, Nänni s’en distingue par l’introduction de générateurs aléatoires et d’outils informatiques utilisés pour produire des configurations imprévisibles à partir de cadres stricts. Les œuvres mettent à l’épreuve la perception du spectateur: grilles instables, structures vibrantes et champs chromatiques complexes composent un langage plastique qui oscille entre ordre et déséquilibre. Cette recherche formelle s’accompagne d’un important travail théorique, notamment autour des mécanismes de la perception visuelle, que l’exposition prolonge par une installation interactive invitant le public à expérimenter directement ces phénomènes.
Ces deux expositions partagent une même exigence : celle d’un art qui accepte de se confronter à des systèmes contraignants pour en explorer les potentialités esthétiques et cognitives. Loin d’une approche illustrative ou décorative, elles affirment une conception de l’art comme espace de recherche, capable de dialoguer avec la science sans s’y subordonner.

