mardi 28 août 2018

Théâtre, "La chouette albinos"



Si, dans sa nature même, le théâtre tend à s'apparenter à un huis clos, Loïc Langlais déchire ici l'espace en créant un no man's land solaire où se joue un drame à ciel ouvert dans l'écho de la tragédie grecque. Mais si la pièce bruisse de tous ces sentiments qui de tout temps séduisent ou accablent l'humanité, elle est pourtant traversée de ces instants étranges où le spectateur est amené à rire de cette naïveté qui s'empare des personnages. Naïveté de nos rêves, de nos espoirs sans objets, de nos amours sans horizon. Alors la douleur n'est rien d'autre que cette grimace qui fait rire quand elle renvoie l'image de nos propres cicatrices. « La chouette albinos » est cette mise en abyme de l'espoir et du désespoir, d'un homme et d'une femme hantés par le naufrage de leur existence. Deux êtres qui voudraient croire à un futur mais que tout ramène au déterminisme d'un passé détruit. Nous voici donc confrontés à un hors temps caniculaire sur une terre aride où des rails mènent nulle part. La rencontre fortuite d'une prostituée en bout de course et d'un voyageur avec sa vie en lambeaux pour tout bagage. Michèle Marie Jacquetty et Loïc Langlais parviennent à moduler toutes les nuances d'un texte riche où l'émotion, les sentiments se conjuguent avec l'humour. Entre la tragédie antique et le théâtre de Tennessee Williams, la pièce trouve sa personnalité et s'inscrit de façon originale parmi les créations actuelles.

Théâtre de l'eau vive, 10 Boulevard Carabacel, Nice 
20, 21, 22 septembre à 21 h
23 septembre à 16 h

Res 04 93 27 10 49 / 07 68 83 65 34 

vendredi 17 août 2018

L'été de l'art au jardin

Maria Siri Rossi, Parc de Villecroze

                              Jardin d' Eden ou jardin des délices, autant de facettes colorées d'un espace sculpté par notre imaginaire quand il traverse nombre de nos mythologies. Sans doute parce que le jardin demeure un lieu somme toute insaisissable puisqu'il est cette durée où la germination, la floraison et les flétrissures s'accordent dans un mouvement où le regard apparaît toujours en décalage avec la pensée. Donc un lieu de méditation ou de rêverie et l'on oublie alors qu'il fut cet espace apprivoisé quand la culture s'empara de la nature, quand l'homme la domestiqua en y cadrant des paysages, en la cloisonnant par le dépôt des arbres, des plantes et des fleurs et, souvent, en l'habitant de la présence minérale des statues.
                               Des profondeurs de l'histoire, celles-ci veillent alors, vestiges assoupis, sur les territoires de nos songes et de nos mémoires endormies. Elles résistent au temps et Verlaine s'en faisait l'écho dans ces vers : « Même j'ai retrouvé debout la Velléda, dont le plâtre s'écaille au bout de l'avenue – Grêle parmi l'odeur fade du réséda ».
A la pierre des statues répondent le bronze et le fer qui se dressent vers le ciel dans les innombrables parcs, fondations et domaines vinicoles qui jalonnent la Provence et la Côte d'Azur. Par exemple les vignes du Château Sainte Roseline où la galerie Catherine Issert présente, entre autres, des œuvres de Vincent Barré, Benjamin Sabatier et Vladimir Skoda.
Surplombant, la Méditerranée, le jardin exotique d'Eze est une de ces merveilles avec les statues de terre ou de bronze de Jean-Philippe Richard qui veillent sur la mer et sèment leurs regards rêveurs sur une végétation luxuriante. Depuis 2004, par étapes successives, le lieu s'est empli de ces sculptures douces et majestueuses, hors du temps, et qui semblent à jamais enracinées dans ce paysage à la fois tourmenté et lumineux, entre ciel et mer. Ce sont des figures et des noms de femmes qui parsèment ainsi le jardin. Leur présence minérale vient à notre rencontre ou se perd dans l'horizon.
Dans le Var, il faut découvrir le parc de Villecroze et sa falaise creusée de grottes troglodytes à la fin du XVIem siècle, tout en sentiers biscornus dans un agencement surprenant de roches, d'arbres et de fleurs. Peu à peu des artistes en ont investi les terrasses et les restanques avec des œuvres qui tendent à leur apporter, discrètement, un supplément d'âme. Cette année, Maria Siri Rossi diffuse dans ce lieu une poésie colorée et sensible faite de fragments de narration à partir de matériaux divers - textile, céramique, bois – pour des parterres de fleurs où la nature rivalise avec le factice. Ou bien, suspendus à des branches, des draps enveloppant des cintres flottent comme des robes qui hantent des zones d'ombre entre la terre et les feuillages.
Chateauvert, le parc de sculptures déploie les œuvres de nombreux artistes. Cet été on y verra face au Centre d'Art Contemporain, les puissantes compositions colorées d'Alain Clément. Un artiste important, toujours aux lisières de la peinture et de la sculpture, dont on pourra admirer dans la vaste galerie, les œuvres. tout en tension et en légèreté, comme écloses de ces forces contraires. Éclatantes de couleurs primaires, à la limite de la saturation, elles diffusent le doute entre le réel et l'abstraction. Elles interviennent comme une mise en regard de l'idée de nature et de la présence du corps de l'artiste. Alain Clément est visible dans les plus belles collections en France comme à l'étranger et nous avons là une des meilleures expositions de peinture pour l'été. Un artiste à découvrir ou à revoir.
Le jardin de la Villa Thuret à Antibes est investi par le groupe No-made jusqu'en septembre. Ce jardin botanique de 3,5 ha , propriété de l’État et géré par l'INRA, contient plus d'un millier d'espèces végétales et une trentaine d'artistes entament ici un dialogue poétique, parfois décalé, souvent humoristique, avec la nature. Influencées par le Land-art ou une approche dadaïste, les œuvres osent tous les matériaux et s'aventurent dans les mises en scène les plus hardies. On y reconnaîtra par exemple les travaux de Denis Gibelin, Stéphanie Lobry, Maurice Maubert, Anne-Sophie Viallon ou Alexandra Allard. Partout le foisonnement des œuvres répond à celui d'une nature souveraine que l'été inonde de lumière.

La Strada N°298
   Parc de Villecroze