mercredi 24 janvier 2018

Richard Roux, "Message personnel"



                          C'est une forme de malice que de déplacer les formes canoniques de l'histoire de l'art dans un contexte auquel elles sont à priori étrangères quand, par exemple, dans l'apparence d'une filiation au pop art, l'artiste s’exclut de toute neutralité, qu'il écarte la couleur et l'objet pour s'en tenir au stricte affichage d'une histoire personnelle. Malice, hiatus, effet d'éloignement interviennent  alors comme pour conjurer une perte et imprègnent le récit dans un cadre très serré de noir et blanc, dans une série d'images d'un chat - celui que l'artiste aima durant quatorze ans.
                        Pourtant l’anecdote est-elle subtilement corrompue par l'absence de linéarité, de celle qui contrecarre l'illusion du temps dans le développement d'un récit. Celui-ci demeure fractionné ; les images ne s’emboîtent pas, leurs volumes à l'encre noire flottent dans le vide du blanc qui pourtant leur donnent forme. Comme si la mémoire n'était qu'un bloc fragile voué à la déconstruction du réel. Aussi Richard Roux nous propose-t-il ce qu'il est convenu d'appeler aujourd’hui une autofiction sauf que celle-ci ne prend rien en charge du sujet mais désigne plutôt le miroir que lui renvoie l'animal disparu.
                       Ainsi l'image est-elle constamment fragmentée. Elle demeure une synecdoque là où les éléments du récit reposent  aussi béants que les pièces d'un puzzle qu'on ne peut reconstituer . L’œuvre n'est que l’instinct d'un instant alors que  la série, elle, s'impose comme séquence. Richard Roux travaille par séries dans un laps de temps assez court comme pour reconstituer une histoire personnelle mais jamais les séquences ne s’assemblent; elles se juxtaposent, se refusent à la nostalgie.

                      L'art est parfois le négatif de son maître. A l'objectivité du pop art, à sa neutralité acide, l'artiste répond par l'émotion. Celle-ci est muette. Elle ne dit rien d'autre que les simples signes qui la figurent.L'exposition est resserrée dans un espace où les dessins sur les murs répondent à l'installation de blocs d'images brisées à l'apparence de stèles posées sur le sol. Un dispositif qui lui donne toute sa force pour une syntaxe à reconstruire, un récit qu'il faut lire ou imaginer.

Espace "En haut de l'escalier"
2 rue Boissy d'Anglas, Nice
Du 16 janvier au 17 février 2018

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