dimanche 13 septembre 2015

Richard Roux


       


        Frontalement, l’œuvre frappe tellement par son évidence qu’elle incite à traverser les apparences. Le rapport au pop art s’assume ici de même que les allusions au travail de Warhol mais, plus que du "néo", voyons-y plutôt un jeu de citations  qui nous engage vers bien d’autres enjeux surprenants…

           Une œuvre donc fondée sur des séries, sans perspective, sans contour et dont les volumes semblent écrasés par la tache des couleurs. Mais quand Warhol usait d’ une gamme chromatique ouverte, parfois même séduisante, ici la palette se fige dans un jaune froid, un rouge éteint, du noir et du blanc. Et là où Warhol ne répugnait pas à une expressivité, même de façade, Richard Roux traite la figure de façon indifférenciée qu’il s’agisse de portraits, de nounours, de crânes, de boulons, de godillots, d’édifices… Tout est neutralisé quand la surface du tableau se réduit au cadrage glacial des objets et des codes de la grande surface de la consommation.

               Voici tout l’intérêt d’une œuvre qui feint de montrer quand elle ne dévoile, en réalité, que le désir d’effacer. Son contenu exhibe une série de stéréotypes qui soulignent cette hallucination collective à laquelle l’aliénation marchande nous soumet. Des stimuli, des codes, des objets fétiches en guise de signifiants, en lieu et place d’un réel et d’un imaginaire. Avec froideur, recul, et recourant à un humour noir retenu mais qu’on devine grinçant, l’œuvre s’éclaire quand la pseudo représentation laisse deviner un univers citationnel qui infirme ce qu’elle prétend dénoter.

                Les figures renvoient à des mythes. Ceux du cinéma, des magazines… Tous ces poncifs qui ponctuent notre culture comme horizon terminal. Les godillots sont des objets de Van Gogh mais ils sont morts. Comme sont éteints les visages; comme les crânes sont des rappels aux anciennes vanités. Des natures mortes au sens propre et non dans le sens anglo-saxon que certains voudraient leur donner "still life" ," vie tranquille"...

              Pour Richard Roux, ces "dessins" faits de projection d’encre d’imprimerie, sont littéralement des natures mortes quand il semble travailler par effacement de toute expressivité et que les figures se trouvent chirurgicalement amputées de toute réalité, de toute vie. Ils illustrent la négation de toute figuration.Ce qui est donc représenté ce n’est que ce bilan comptable, ce résiduel et, finalement, ce miroir qu’il tend au spectateur qui, souvent aveuglé, se prend aux rets d’une vague nostalgie vintage puisque soumis à tous les flux des icônes commerciales. Soumis à tous ces veaux d’or vers lesquels ils se prosternent, à l’instar d’ailleurs de bien des artistes qui s’acharnent à les produire…

        Autant dire que dans cette œuvre se noue le paradoxe qui lui confère toute sa force. Apparemment humble, elle désigne un vide vertigineux que son signifié dissimule quand elle exhibe des symboles de la vie ou de la mort qui s’entrecroisent. Ce qui est représenté ce n’est donc aussi que l’extinction grimaçante des signes par les métastases de ces objets qui prolifèrent. C’est ainsi, par le biais de ce champ coloré glacial en dépit de quelques braises, et par des taches en guise de volumes, que Richard Roux apparaît comme un peintre à la fois grave et facétieux. Et surtout qu’il dévoile, au-delà de ce qu’il « montre », son acharnement à figurer en creux l’abstraction pure. Non pas une abstraction construite ou lyrique, mais une abstraction mallarméenne.

               Car c’est là l’ultime paradoxe chez Richard Roux: On croit trouver un succédané de Warhol alors qu’ il faudrait plutôt le chercher dans la quête de la pureté idéale d’Yves Klein…  Les apparences peuvent être trompeuses dans ce jeu d'ombres ou ce jeu de dupes, entre le visible et l'invisible. C'est pourtant  ici que l'oeuvre prend toute son intensité, par son ironie, son ambiguïté et sa façon subtile de forcer notre regard. 








         

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