jeudi 9 avril 2015

Olivier Gredzinski

Espace GRED



 D’une galerie à l'autre la sensation de déjà vu est parfois accablante. Le discours qui tient parfois lieu de justification est tout aussi affligeant. Aussi ne sont toujours évoqués ici que les artistes qui, à mon sens, parviennent à sortir de l'ossification institutionnelle. Car trop souvent, à l'instar de ces bourgeois du XIXe siècle qui venaient en foule dans les salons officiels pour célébrer l'art pompier, nos contemporains se pressent (en foule?) mais l'impression d'un nouvel académisme encarté FRAC, DRAC ou je ne sais quoi, est prégnant. Il suffisait seulement d'inverser les codes, de sacraliser la rébellion mais, au final, le résultat est le même : L'énormité du visible, son strass, son fric. Et la même caste subventionnée sur le dos des artistes, des obscurs, des déserteurs de la gloire et de la fortune.Sur le dos de ceux qui s'acharnent dans l'insuffisance d'une quête face à ceux qui n’ont que la suffisance de leur gloriole de marketing.
Trop de provocations convenues pour peu qu'elles sanctifient le vivre ensemble dans la diversité ! Même si l'oxymore est devenue le signe majeur de la rhétorique dans l' affolement de notre pensée contemporaine quand elle célèbre à la fois l'or des plus riches et l'égalité pour tous. Même quand ce vivre ensemble est louable mais qu'il se paye au prix d'une mise au pas, d'une injonction à se soumettre à ces commissaires (flics?) ou autres curateurs (psychiatres?). Même si cet asservissement à « je suis untel » n'est que le rabâchage de « j'essuie tout ».
La vraie rébellion, aujourd’hui se joue hors de la doxa institutionnelle, dans la solitude, dans les marges. Ce qui ne signifie pas que l'art ne se trouve pas en galerie ou au musée mais la vraie rébellion, celle qui propose des perspectives, ne se donne pas comme telle ; elle trace un chemin. Il n'y a pas de rébellion pour la rébellion comme il n'y a pas d'art pour l'art. Il n'y a que ce chemin non défriché, fait de doutes et d'incertitude. Ce chemin inconnu semé d'étincelles et de nouveauté incandescente dans lequel l'artiste entraîne le spectateur, non pour le soumettre à sa vision, mais pour lui faire partager l'expérience d' un vertige dont il saura peut-être trouver la clé.
Si à Nice comme ailleurs, on peut encore voir de la bonne peinture, celle d'Olivier Gredzinski est particulièrement déroutante tant elle est novatrice en reprenant une facture classique qui ne se réfère ni aux normes du classicisme ni à celles de la peinture moderne. L'huile est lisse et la toile rejette la trace du geste et toute aspérité comme si le peintre renouait avec « le métier ». Pourtant, il y a ici quelque chose d'inconnu, comme si cette tradition picturale était contaminée par la représentation, les couleurs parfois froides, parfois saturées, par le malaise d'une scène qui se dit en même temps qu'elle se dérobe.
Regarder cette peinture c'est interroger l'idée même de la peinture et de ce qu'elle donne à voir dans sa beauté et sa supercherie. C'est aussi contempler l'énigme de la représentation dans son dispositif quand les figures s'associent et s'annulent en même temps dans un rythme étrange fait de feu et d'extinction. Figures féminines, presque préraphaélites, et pourtant comme surgissant d'une construction improbable, dangereuse, douce amère à l'image de notre monde mouvant, incertain.
Là réside l'art, et à fortiori l'art contemporain, quand l'artiste nous renvoie un reflet déformé de notre présent saturé d'images que nous ne percevons plus tant leur abondance rend aveugle. Une expérience pour apprendre à voir et pour retrouver le cheminement d'un sens à travers ces images-là, les mythes ou les fantasmes. Pour apprendre aussi à retrouver cette clé qu'il jette et à nous en saisir.


La Rosée du matin