lundi 16 mars 2015

Lydie Dassonville

La conciergerie Gounod, Nice





     Lydie Dassonville ne se définit pas comme photographe puisque la performance intervient souvent en amont de l'oeuvre. Ici la photo n'est qu'un support à des installations où l'infiniment petit d'un troupeau de moutons défie la société marchande, le ciel, l'univers... A l'instar de Sisyphe, l'homme moutonnier est condamné à ce destin tragique de l'aliénation mais, pour citer Camus : "Il faut imaginer Sisyphe heureux."
     Et l'artiste l'imagine, le met en images...
     Voici donc des photographies qui procèdent d'installations minutieuses et facétieuses: objets détournés de leur fonction,moutons, ciel, nuages vrais ou faux... Mais qu'importe puisque, dans cette histoire somme toute pas si drôle, l'artiste trouve le biais jubilatoire. Car l'humour noir, elle le met en couleurs et elle nous promène ainsi avec une liberté heureuse dans un univers factice à la fausse naïveté et si proche du nôtre... Et le sourire qui point derrière ce décor est une cicatrice qui guérit. Notre double dans ces moutons de Panurge s'amuse de cette ambiguïté constante. Comme chez Rabelais, tout fonctionne sur des changements d'échelle.
     Nous voici donc  loin de certaines productions de l'art contemporain, de l'ennui, de la rébellion de salon ou du faux intellectualisme. Lydie Dassonville renoue avec l'authenticité de la poésie, dans un monde surgi de l'enfance comme si tout se jouait dans les "racines du ciel" quand on crée un univers et que, pourtant, tout est déjà là: l'étouffement du monde, le poids de la marchandise, l'asservissement...Tous ces maux du monde que l'artiste désigne par les objets de l'aliénation à travers lesquels  l'homme-mouton évolue: boites de conserve, jouets, pilules, objets informatiques..
      L'acte de l'artiste est aussi une revendication à s'extraire de cette aliénation. Par le haut, par une énergie positive, par la poésie, par l'art. Alors, bon voyage!











Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire