vendredi 12 mai 2017

Alexandra Allard, "Incipit"

Parc Phoenix, Nice



                Peut-on penser le réel en dehors des conditions subjectives par lesquelles on y accède ? Cette question fut le lieu d'un débat philosophique dans ce courant qu'on nomma « réalisme spéculatif » et qui fut porté par deux tendances largement contradictoires . Celle de Badiou s'orientait vers une ontologie liée à la logique et à la phénoménologie . Bruno Latour, quant à lui, proposait une écologie politique puisque l'anthropocène serait cette ère d'une catastrophe désormais irrémédiable. Il réfutait tout ethnocentriste, toute universalité,  et n'était guère en cela éloigné de la « Dark ecology » de Timothy Morton.

Autant de questions qui ont imprégné l'art contemporain. Soit en engageant l'artiste sur un champ expérimental quand il devient celui qui anticipe la pensée, soit lorsque l'artiste utilise l'image pour nous alerter sur l'état du monde. Alexandra Allard s'attache à une  image qui est celle d'une disparition en cours : l'oiseau. Ainsi la figuration devient-elle le corollaire d'une défiguration . Elle dévoile cette invisibilité d'un futur.

Cet oiseau, elle le dessine comme elle en  peint son mouvement mais sans négliger aucune autre forme d'expression. Elle construit une tour de nichoirs conçus à partir de boites de pansements ; elle photographie, elle recouvre des cartes géographiques de ces oiseaux, là où ils sont condamnés à disparaître. Le propos est grave et lumineux mais aucun pathos ne l'altère. Sa force n'en est que plus intense quand l'oiseau est l’icône d'une nature détruite et d'une vie irréparable. Ou bien d'une autre pensée, d'une vie que nous ne soupçonnons pas et c'est alors l'oiseau qui dépeint ici ce que nous sommes: une espèce menacée.

M.G






 

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